Sansheng Chapitre 3 – Sansheng est la seule qui compte pour moi

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Je n’étais pas étrangère à la capitale.

Après avoir été poursuivie autour de la ville par le vieux moine pendant plus de trois mois, je connaissais la ville de fond en comble. Il n’y avait rien qui puisse encore attiser ma curiosité.

J’étais anxieuse de trouver Moxi, mais comme je n’avais pas envie qu’il sache que j’étais tant attachée à lui, je n’osai pas le chercher ouvertement. Cela ne faisait pas bien longtemps qu’il avait débuté sa carrière de fonctionnaire. Comme il était nouveau, il devait sûrement travailler dur, et avoir peu d’influence à proprement parler. Je vagabondai dans les rues afin de collecter des informations sur lui, mais personne n’avait rien à me dire. Quelques fois je pensais aller au palais pour le chercher, mais la famille impériale était entourée d’une telle atmosphère royale resplendissante qui me fit suffoquer, que je laissai finalement tomber l’idée.

Après avoir bien réfléchi, je décidai que durant la journée, je me promènerais au petit bonheur la chance, et que la nuit, j’irais dans les résidences des hauts fonctionnaires afin de chercher des indices sur la localisation de Moxi.

Je pensais en premier lieu que chercher Moxi la nuit porterait plus ses fruits que d’attendre que la chance me sourît, mais au final ma chance me surprit grandement avec sa remarquable félicité.

Ce jour-là, la capitale était ensoleillée. Je marchais dans la rue en lisant mon roman d’amour. Soudainement, je remarquai de l’agitation devant moi, des gens commençaient à s’amasser en un petit groupe. Dans un moment de curiosité, je fermai le livre, et me dirigeai vers le spectacle.

Le spectacle s’avéra relativement intéressant. C’était le genre d’histoire qui pouvait être représentée par le dicton « L’eau coule sans un regard pour les sentiments de la fleur. »

‘L’eau insouciante’ était précisément mon mari Moxi, et ‘la fleur tombée’, si la mémoire ne me faisait pas défaut, était la fille bien-aimée du Général, Shi Qianqian.

Comment savais-je cela ? Eh bien, en grande partie parce que ses bijoux de boudoir n’étaient pas trop minables. J’avais vendu pas mal de bijoux à l’époque, et les siens coûtaient très cher.

Shi Qianqian était couchée, abattue sur le sol. Il semblerait qu’elle se soit foulé la cheville. Elle regardait Moxi avec une paire d’yeux larmoyants qui semblaient remplis de désirs, mais Moxi restait indifférent, et la regarda brièvement avant de se retourner et de partir. Shi Qianqian se précipita en avant pour attraper son ourlet. Malheureusement, Moxi l’évita rapidement tel un éclair, et elle se ramassa sur le sol, laissant son visage couvert de boue.

La foule de spectateurs soupira avec pitié en regardant Shi Qianqian étalée par terre dans l’embarras, se mordant les lèvres avec des yeux rouges. Elle semblait si fragile que j’avais pitié d’elle.

Pourtant Moxi restait impassible. Sans même lui jeter un coup d’œil, il continua sa route.

Hmm, je me frottai la joue en réfléchissant. Moxi ne m’avait jamais regardé de cette façon depuis le jour où je l’avais pris sous mon aile quand il avait neuf ans. Je ne pensais pas qu’il pouvait s’avérer être un homme aussi froid hors de la maison.

La jeune femme était très obstinée. Après que Moxi soit parti, les autres essayèrent de l’aider mais elle ne les laissa pas faire, et choisit de se relever seule. En pensant que cette femme, qui aimait Moxi, devait sûrement être une honnête personne qui savait différencier la bonté du malheur, je lançai un petit sort pour guérir sa cheville. Ne prêtant que peu d’attention à la surprise visible sur son visage, je me retournai et poursuivis mon Moxi.

Moxi était sur le point d’entrer dans une petite taverne. Je m’arrêtai sous un saule pleureur près du bâtiment, incapable de m’approcher plus de la taverne qui émettait la même atmosphère suffocante qu’autour du palais royal. Je regardais fixement au second étage où un homme en bleu était appuyé contre la fenêtre et buvait seul.

L’empereur.

L’empereur de ce monde particulier était un homme plutôt sage. La paix et la prospérité régnaient dans le territoire à cette époque. Malheureusement, son Général possédait tant de pouvoir que le jeune empereur passait des nuits sans trouver le sommeil, et pensait actuellement à divers plans afin de réduire la puissance militaire du Général.

Il n’y avait pas si longtemps que Moxi était arrivé dans la capitale, et pourtant il pouvait déjà rencontrer l’empereur en privé. Il semblerait qu’il ait pensé à d’excellentes méthodes pour résoudre les problèmes du monarque.

Alors que j’appréciais l’ingéniosité de Moxi, un homme habillé en robe de Daoist émergea soudainement d’une ruelle près de la taverne.

Le Révérend Impérial. C’était le prêtre le plus puissant du monde, et je le reconnus immédiatement. Dans le passé, le vieux moine qui me chassait avait aussi prié cet homme de l’aider à me tuer.

Je pouvais déjà voir les ennuis arriver en le croisant aujourd’hui. Alors que je maudissais comme cette vie était merdique, il me lança un regard, puis se retourna et partit. J’étais perdue, puis entendis soudain une voix douce m’appeler depuis le deuxième étage de la taverne, « Sansheng ! »

C’était Moxi qui m’avait vue à travers la fenêtre.

En n’ayant nulle part où me cacher, je lui souris et lui répondis, « Je suis venue parce que tu me manques à chaque seconde de la journée, et les nuits sont bien trop longues sans toi. Avançons la date de notre mariage, Moxi. »

Aussitôt que je finis de parler, les rues devinrent silencieuses pendant un long moment. Moxi rougit après ce long silence.

« Hahaha. » Derrière lui, l’empereur commença à rire de bon cœur. « Quelle charmante beauté. Moxi, quelle chance tu as. »

Moxi s’inclina devant l’empereur, et se dépêcha de descendre les escaliers. Je lui adressai un sourire. Moxi s’approcha, ayant l’air de faire tout son possible pour restreindre sa joie. Il fronça les sourcils et demanda, « Pourquoi es-tu venue me trouver aussi tôt ? Je pensais devoir attendre encore six autres mois. Puisque tu es venue ici seule, as-tu souffert pendant le voyage ? As-tu faim ? Veux-tu te reposer ? »

Je le regardais juste avec un large sourire.

Moxi me scruta de haut en bas puis dit, « Je me suis inquiété pour rien. Sansheng ne se laisserait jamais souffrir. Comme m’as-tu trouvé ? »

« Je t’ai vu dans la rue il y a juste un moment. »

Le visage de Moxi se raidit légèrement. Il expliqua avec hâte, « Sansheng, c’est … »

« Je sais, la femme t’aime. »

Il observa soigneusement mon visage. « Son apparence n’est pas mauvaise », dis-je, « mais elle est un peu petite, ce n’est pas celle faite pour toi. »

« Mais bien sûr », Moxi rit à mes mots. « Sansheng est la seule qui compte pour moi. »

Je lui tapotai l’épaule de bonne humeur, « Je suis contente que tu le saches. »

« Je vais dire au revoir à Sa Majesté, puis j’irai te montrer l’endroit où tu pourras te reposer. »

« D’accord. »

Il s’avéra que Moxi ne vivait pas dans le palais, ni même dans la résidence d’un quelconque ministre. Au lieu de cela, il avait acheté une cabane tranquille, où l’environnement était similaire au jardin de pruniers dans lequel on avait vécu.

Après le souper, je tirai Moxi dehors pour faire une petite promenade dans le jardin.

« La capitale est très différente de la petite ville dans laquelle on a grandi. Tu n’as pas dû t’accoutumer à vivre seul ? »

« Il n’y a pas grand-chose auquel je doive m’accoutumer. Mais s’il y a bien une chose à laquelle j’ai eu du mal à m’habituer, c’est quand certains matins je me suis réveillé et que je n’ai pas vu les plats que tu as préparé pour moi, ou les soirs quand je suis rentré à la maison et que je n’ai pas vu la lueur des bougies que tu as allumé pour moi. Quand je pensais à toi toute seule à la maison, je ne savais pas si tu prenais vraiment soin de toi, et j’avoue que cela m’a rendu un peu triste. »

Je gloussais et mon cœur était sur le point d’éclater de joie. Je lui pris les mains et levai ma tête pour regarder les étoiles, me balançant tranquillement alors que nous marchions, « Moxi. »

« Oui. »

« Moxi. »

« Oui ? »

« Moxi. »

« Qu’y a-t-il ? »

« Je voulais juste appeler ton nom », dis-je. « Chaque fois que j’appelle ton nom, j’ai une réponse en retour. Je me disais juste que ce genre de bonheur n’était pas atteignable tout le temps. »

Moxi sourit légèrement. Je continuai, « Venir à la capitale et devenir un fonctionnaire a sûrement dû être chose difficile, n’est-ce pas ? »

Moxi resta silencieux pendant un moment avant de dire, « Utiliser mes pouvoirs pour aider les personnes dans le besoin, pouvoir utiliser mes propres mains pour satisfaire ma compassion et avoir en retour le sourire reconnaissant des gens suite à mes actions. Même si les jeux de pouvoir du palais sont plutôt fatigants, si ces pouvoirs peuvent aider le peuple… Sansheng, comprends-tu ce genre de sentiment ? »

Je ne pouvais m’empêcher de frissonner quand je le regardais. Dans ses yeux, il y avait une lueur que je n’avais jamais vu auparavant.

À ce moment, je vis une fois de plus le Dieu de la Guerre des Cieux descendre dans le monde mortel accompagné de sa lumière radieuse.

C’était le vrai Moxi. Je me rappelai soudainement des mots de Jia il y a plusieurs lunes, « Bien que rien n’est impossible dans ce monde, il ne prend en compte que le bien-être de ce monde. Si son cœur est occupé par son amour pour le peuple, comment pourrait-il y avoir une quelconque place pour l’Amour ? »

Je n’avais pas fait attention à ces mots quand il les avait dit, mais maintenant que je voyais l’expression dans les yeux de Moxi, je réalisai soudainement que Jia était en fait un prophète très perceptif.

Moxi n’avait vraiment que de l’amour pour le peuple, peu importe la forme qu’il avait…

Le lendemain, Moxi alla au palais, et comme à mon habitude, je restais à la maison pour lire des livres.

J’étais sur le point de tourner la seconde page quand j’entendis des bruits de pas amortis mais fermes dans la cour. Des soldats ? Depuis que j’étais née, j’avais toujours été un esprit très calme. Bon, d’accord j’avais été capturée par un fantôme, grondée par Yanwang, chassée par un moine, attaquée par un prêtre, mais je n’avais encore rien fait qui mérite un emprisonnement.

Puisque c’était ma première expérience, j’étais toute excitée.

J’attendai avec impatience le moment où ils forceraient l’entrée de ma chambre pour me capturer, je voulais voir quel genre d’offensive ils avaient imaginé. Mais après une longue attente, j’entendis une série de coups sur la porte. J’étais déçue. Je n’avais d’autre choix que d’ouvrir la porte comme l’étiquette le voulait.

Les soldats se cachaient probablement quelque part, puisque seule une belle femme se tenait devant la porte. Je la regardais un long moment avant de la reconnaitre. Mais, n’était-ce pas la femme que Moxi avait rejeté dans la rue hier ? Shi Qianqian ?

Quand elle me vit ouvrir la porte, elle me regarda soudainement comme si elle avait été frappée par la foudre. « Il y a vraiment une femme », murmura-t-elle à elle même. « Il a vraiment ramené une femme chez lui. »

Aimer un homme était une chose, provoquer un scandale dans sa demeure en était une autre. En pensant que je ne pouvais laisser les sentiments de la jeune femme s’aventurer plus loin, je croisai les bras devant ma poitrine, m’appuyai contre la porte et lui dis, « C’est bien vrai, je suis sa femme. J’ai partagé son lit et bien d’autres choses depuis qu’on est petits. Y a-t-il un message que tu souhaites me faire passer ? »

La jeune femme ignorante fut choquée par mes mots. Elle recula de deux pas et tomba presque par terre. Je levai un sourcil en sa direction, me sentant un peu cruelle, mais en même temps victorieuse.

C’est alors qu’une femme d’âge mûr fit irruption dans la chambre, me pointant du doigt, elle commença à me maudire, « N’osez même pas harceler notre maitresse ! Ne laissez pas vos obscénités salir ses oreilles ! »

J’étais tout à fait innocente, « J’ai répondu parce qu’elle a demandé. Tous les mots que j’ai dits sont vrais. Pourquoi y aurait-il quoi que ce soit d’obscène ? »

Le visage de Shi Qianqian devint livide. La femme me maudit encore plus, « Espèce de prostituée ! Comment osez-vous être insolente envers notre maitresse ! Gardes, emmenez-la ! »

Je me massai le front en signe d’irritation. Elle était clairement la plus insolente. Alors que j’étais sur le point d’essayer de la raisonner, un groupe de soldats en uniforme bleu sortit soudainement.

« Oh ! » Mes yeux scintillèrent et je ravalai ma salive sous l’excitation. La femme cria, « Elle est sur le point de lancer ses projectiles cachés ! Protégez la maitresse ! »

Le son grinçant des épées sortant de leur étui put se faire entendre et j’eus soudainement la chair de poule.

J’ouvris ma bouche mais la phrase ‘Restons calme’ ne put sortir puisqu’une grande lame se balança droit vers ma tête. À travers mon entrainement dans le monde des humains, mon tempérament était maintenant beaucoup plus calme comparé à ma première venue ici. Néanmoins, je ne pouvais laisser des personnes me harceler ainsi. Mon expression se raidit en regardant avec fureur la première rangée de soldats qui se précipitaient vers moi.

Des mortels qui n’avaient jamais pratiqué la sorcellerie se figeraient sur place immédiatement par un seul de mes regards glaciaux. Ils se mettraient à genoux et me prieraient désespérément.

Mais les personnes faisant office d’arrière-garde n’avaient clairement pas appris leur leçon, ils essayaient toujours de s’amasser autour de moi tels des insectes.

Je récitai une incantation, brandis gentiment mon bras, et les soldats qui m’entouraient s’envolèrent. Je soupirai, Si on doit vivre en tant qu’humains, observons et analysons la situation d’abord.

 

Shi Qianqian et l’autre femme furent tous deux balayées par les forces des ténèbres et tombèrent par terre. Elles me regardèrent avec stupeur. J’avançai et tendis une main pour aider la femme à se relever, mais elle cria ‘monstre’ et s’enfuit avec hâte. Je n’avais d’autre choix que de me tourner et aider Shi Qianqian.

En revanche, elle, elle me permit docilement de la relever. J’essuyai la poussière sur son visage et dis, « Peu importe à quel point tu aimes quelqu’un, tu devrais tout de même avoir un minimum de respect de soi. N’entre plus dans les résidences des autres pour causer des troubles. Oh, et Trois Existences de Moxi m’ont été promises. Si tu veux vraiment le séduire, alors reviens après ces Trois Existences. »

Tout ce que j’avais dit était la vérité, mais je n’aurais jamais pensé que ses oreilles entendraient autre chose. Ses yeux étaient rouges, elle se retourna et s’enfuit en pleurs.

Je donnai un bon coup de balai à la maison, puis retournai lire mon livre tranquillement. Je me souvenais que j’avais laissé l’histoire à la première rencontre du couple où la fille donna un baiser au héros. A mon avis, la scène aurait pu être un peu plus appétissante.

 

 

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