Sansheng Chapitre 8 – Peut être que c’était vraiment une épreuve d’amour

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Je n’avais aucune intention de fuir Liubo après avoir détruit la Pagode des Milles Ecluses. Même si je n’appréciais pas vraiment cette incarnation de Moxi, je ne pouvais le laisser aux mains des autres personnes. Je devais au moins le protéger, lui et son innocence à travers cette vie.

Mais les vieux bonzes de Liubo ne savaient quoi faire de moi. Ils ne pouvaient ni m’enfermer ni me battre. Cette nuit-là, beaucoup perdirent leurs cheveux dans la détresse.

Au final, ce fut Moxi qui dit courageusement, « Enfermez-la derrière ma résidence. Je garderai personnellement un œil sur elle. »

Tandis que la foule hésitait et spéculait, je fus la première à accepter le compromis, mes yeux brillant d’un éclat noir.

En pensant vivre toute ma vie sous le même toit que Moxi, j’abandonnai toute plainte que j’avais.

Liubo était considérée comme la Terre Sacrée de la communauté religieuse. Le Vénérable Zhonghua était le dirigeant de Liubo. En suivant cette logique, sa résidence ne devait pas être trop précaire.

Mais quand je fus amenée devant la résidence, je fus presque émue aux larmes.

Un magnifique jardin de pruniers qui était un peu incongru dans le paysage de Luibo, était parfaitement entretenu derrière sa majestueuse résidence. L’hiver n’était pas encore arrivé, mais la forêt était déjà couverte de neige. Il y avait des fleurs rouges qui brillaient intensément, portant leur parfum sur des kilomètres. Tout semblait avoir été créé comme par magie.

« Ces… ces fleurs… » Ma voix tremblait légèrement.

Il était interdit aux personnes non autorisées d’entrer dans la résidence de Zhonghua, ainsi à ce moment-là, il n’y avait que nous deux. Alors qu’il regardait le jardin en pleine floraison, son visage s’adoucit grandement et il me répondit d’une bien meilleure humeur, « C’est une des seules choses que j’aime. »

Je clignai mes yeux moites.

Moxi, Moxi, même après avoir été soûlé par la soupe de la Vielle Meng, tu n’avais pas oublié ce parfum muet et cette neige pure ? Tu te souvenais toujours de ce jardin tranquille de pruniers ?

Le jardin était entouré d’un champ de force que Zhonghua avait spécialement créé pour garder les fleurs de pruniers intactes comme lors des plus beaux jours d’hiver. Mettre un pied dans cet environnement était similaire à entrer dans un monde enchanté et féérique.

Je le laissai volontiers me confiner.

En me voyant entrer dans le champ de force, Moxi ne perdit pas de temps avant de se retourner pour partir. Je fixai son dos tout en touchant gentiment les pruniers couverts de neige. C’était comme si j’étais retournée à cette époque lointaine, très lointaine, quand le vieux prêtre à la barbe blanche m’avait dit « Epreuve d’amour. »

Peut-être que c’était vraiment une épreuve d’amour.

La tribulation romantique d’une pierre…

Le temps commença à passer dans l’ennui le plus total après plusieurs jours de confinement. Peu importe combien la scène pouvait être magnifique, je finis par devenir fatiguée de regarder les pruniers. Je voulais demander à Moxi de me ramener quelques livres pour que je puisse me divertir, mais je n’avais pas vu ne serait-ce que son ombre après qu’il m’ait confinée dans cet endroit. J’étais complètement frustrée.

Jour après jour, je m’allongeais dans le jardin en traçant des cercles et en appelant le nom de Moxi. Bien sûr, le nom par lequel je l’appelais était Zhonghua.

Malgré mes efforts inlassables, il n’apparut jamais.

Quand je finis par arrêter de l’appeler, il apparut quelques jours après.

En ce moment, j’apprenais les anciens arts d’infusion de thé, je coupai des branches de prunier et les utilisai pour alimenter le feu en marinant les fleurs, essayant de déterminer si toutes ces fleurs pouvaient donner un bol de bouillie.

Alors que je me demandais si je devais couper une autre branche, Zhonghua intervint avec une expression colérique sur le visage.

Je le saluai avec mes mains d’une expression béate.

Il se dirigea vers moi et jeta un coup d’œil aux pruniers que j’avais déracinés, et demanda, « Êtes-vous en train faire cuire des fleurs de prunier ? »

« Ne pensez-vous pas que c’est une charmante activité, Vénérable ? »

Il souffla, « Aimez-vous aussi brûler les lyres et cuire les grues ? » (1)

  • Un proverbe qui veut désigner la profanation des choses sacrées.

« Eh bien », répondis-je sérieusement, « Reste à voir en quel bois la lyre a été faite. Le bon bois donnera naturellement une flagrante viande une fois cuite. La grue ne peut aussi pas être trop vieille, autrement ce ne serait pas kascher. »

Il prit une profonde inspiration et ne parla qu’une fois calmé, « Vous n’êtes plus autorisée à toucher à mes pruniers. »

« Non, impossible. » Je secouai la tête avec un sentiment de justesse. En voyant son visage au bord de l’éruption, j’expliquai, « C’est l’ennui qui a tué vos pruniers. Si je n’étais pas si ennuyée, je ne leur paierais aucune attention. J’ai crié votre nom aux extrémités du champ de force pendant plusieurs jours, et pourtant je n’ai reçu aucune réponse de votre part. »

« Que voulez-vous ? »

« Des livres. Les derniers qui sont sortis. Ainsi que des graines de melons et du thé vert. »

« Nous ne sommes pas une auberge à Luibo, ici. » Dit-il en se retournant.

« Vous avez dû passer pas mal de temps à les cultiver, mais je parie que ces arbres devraient suffire à me garder occupée pendant quelques jours. »

La silhouette qui s’en allait se stoppa un moment.

Quand je me réveillai le matin suivant, une pile de livres était couchée sur le sol.

Je feuilletai ces livres en étouffant mes rires. Moxi, Moxi, tu es si adorable et mignon dans cette existence !

Mes jours se passèrent beaucoup mieux avec ces livres pour m’accompagner. Après tout, j’avais perdu beaucoup de temps dans l’outre-monde, je pouvais tout aussi bien vivre ici avec Moxi en compagnie des pruniers rouge et de la neige blanche.

Un jour comme les autres, je me sentis soudainement d’humeur pour sortir faire une promenade. Je pris un livre avec moi tandis que je me baladais sous les ombres de la forêt, sentant le parfum des pruniers tout au long.

Je me sentais rajeunir au temps de ma première existence il y a bien, bien longtemps. Je flânais à la maison chaque jour. Puis, un jour alors que Moxi revenait de l’école, il ouvrit la porte, laissant la lumière du soleil pénétrer la salle, et m’appela doucement, « Sansheng. »

Profitant des sons résiduels de ce précieux souvenir, je fermai les yeux en essayant d’imaginer Moxi près de moi. Il marchait à une vitesse légèrement plus lente que moi, et chaque fois que faisais un pas, il ajustait la distance de sorte à ce que je puisse m’adosser contre lui dès que l’envie m’en prenait.

Je marchai et m’arrêtai, marchai et m’arrêtai, comme si Moxi était là pour suivre le moindre de mes pas. J’ouvris mes yeux. Les pruniers rouges se tenaient toujours debout supportant la neige fièrement, devant mes yeux. Mais quand je me retournai, je fus surprise de vraiment trouver Moxi aux côtés des pruniers, me regardant depuis Dieu sait quand.

Je lui souris jovialement tout en avalant le mot « Moxi » qui était sur le bout de ma langue pour recracher le mot « Zhonghua. » En ignorant le froncement de sourcils à peine visible, je courus gaiement vers sa direction avec mes bras grand ouverts.

Il se pencha sur le côté pour m’échapper. Au lieu d’embrasser l’air comme je pensais faire, je sentis le corps d’un petit homme tremblant. Je rétractai mon étreinte pour le tenir à bout de bras et fus surprise de la découverte, « Chang’an ! Que fais-tu ici ? »

C’était le petit prête qui pensait que je voulais sucer son Yang pour nourrir mon Yin. Il ressemblait beaucoup trop à l’ancien Moxi, je ne pouvais m’empêcher de l’admirer.

Il n’arrêtait pas de trembler, mais ne m’offrit aucune réponse.

Je lançai un regard interrogateur à Moxi. Il regarda Chang’an avant de prononcer froidement, « Méditez sur vos méfaits. » Il agita les manches avant de partir.

Quand il le vit partir, Chang’an s’échappa désespérément de mon étreinte avant de courir après lui, se prosternant sur le sol en criant larmes et mucus, « Votre Grand Révérend ! Votre Grand Révérend ! Ne me laissez pas là tout seul ! Je ne veux pas mourir ! Je ne veux pas mourir ! »

J’essuyai ma sueur. Qu’avais-je fait pour mériter une telle frayeur ? Quand on avait puni les petits prêtres la dernière fois, ne l’avais-je pas épargné ? Mais maintenant ce môme ingrat avait peur de moi ?

Moxi agita ses manches et aida Chang’an à se relever. Me regardant à peine, il dit, « Un mois de punition est déjà indulgent compte tenu du fait que vous vous êtes battu avec un camarade au point de le blesser sévèrement. Arrêtez de pleurer, c’est une honte. »

Je clignai des yeux rapidement, comprenant enfin les intentions de Moxi. En y repensant, ma conduite ces derniers jours avait sûrement dû le convaincre que je n’étais pas un démon sanguinaire. C’était ainsi qu’il pouvait assurément jeter cet étudiant ici pour l’effrayer en utilisant ma notoriété.

Que pouvais-je faire à part crier mes griefs ?

Moxi remit en ordre sa robe et s’en alla facilement, laissant Chang’an prosterné sur le sol alors qu’il criait en convulsant.

Je le taquinai un peu. Il me regarda avec des yeux gonflés. Je lui souris aimablement, « Parlons un peu ? »

Après lui avoir parlé pendant une demi-journée, le trompant et l’apaisant, je compris finalement la raison de sa venue ici.

Si on devait revenir à l’origine de cet incident, alors on devait revenir au jour où j’avais détruit la Pagode des Mille Ecluses et avais libéré le démon loup. Je pensais qu’il partirait loin d’ici une fois que je l’aurais sauvé. Mais qui aurait pu savoir que ce démon serait si têtu. Non seulement il ne se cacha pas, mais il assembla même un groupe de démons qui avait de la rancune contre Liubo pour détruire la secte en un seul coup.

Une fois qu’ils connurent les sinistres plans du démon loup, Liubo ne pouvait bien entendu pas attendre sa propre démisse. Ils décidèrent alors de rassembler les dirigeants des autres sectes monastiques pour élaborer un plan défensif.

C’était dans ce contexte que l’histoire de Chang’an commença. Alors que les petits prêtres préparaient le banquet du lendemain, Chang’wu à qui j’avais donné une fessée récupérait encore dans son lit. Il était si ennuyé qu’il fit un scandale pour manger les fruits réservés au banquet du lendemain. Quand il vit Chang’an passer par là avec les fruits, il voulait en demander un. La dispute commença à s’enflammer, et quand Chang’an ne put plus se retenir, il le poussa d’un coup.

Parce que Chang’wu était déjà blessé, sa tête se cogna quand il fut poussé sur le lit par Chang’an. Cette scène fut surprise par un ancien qui passait par là. Avec les cris hystériques de Chang’wu, Chang’an ne pouvait même pas se défendre.

Et ainsi, il termina ici.

C’était très vexant de voir le visage qui ressemblait trait pour trait à Moxi pleurer avec un visage dégoulinant de larmes et de morve. J’essayai de mon mieux pour le calmer, en promettant même de me venger pour lui. Il s’arrêta finalement de crier, et après avoir reniflé un long moment, il me demanda, « Vous êtes… Vous êtes si bonne avec moi parce que vous voulez me purifier, puis… Me cueillir, n’est-ce pas ? »

Ma bouche se crispa. Je voulais vraiment connaître quel genre d’idées son ancien maître lui avait inculquées. Je pinçai ses joues joufflues, en souriant d’un air dément, « Bien sûr. Mais je ne suis intéressée que par Son Vénérable Révérend. Je veux le purifier, puis le cueillir jusqu’à ce qu’il soit épuisé à mort ! »

« Son, Son Grand Révérend… »

Je plaçais ma main sur mon cœur et dis avec toute l’affection du monde, « C’est bien cela, vous êtes un beau garçon, mais malheureusement trop jeune. Son Grand Révérend, de son côté, a depuis longtemps déjà volé mon cœur. Mon cœur est rempli de sa présence divine, mon esprit est rempli de sa grâce. Je pense à sa voix en m’endormant, je pense à son visage en me levant. Il me manque comme pas possible quand je ne le vois pas, mais quand je le vois mon cœur bat follement. Seuls les Cieux savent depuis combien de temps mon cœur lui est destiné. Je suis folle amoureuse de lui, et je ne sais pas comment m’arrêter. Je veux lui transmettre mes sentiments… »

« Son Grand Révérend. » Chang’an pointa derrière moi.

Je me retournai, mais tout ce que je vis fut une pure robe blanche contournant les pruniers, amenant avec lui la neige sur les branches. Il partit d’une telle vitesse que je ne pouvais même pas détecter sa silhouette.

Puis il partit…

« Etait-ce vraiment Son Vénérable Révérend ? Le Vénérable Zhonghua ? »

Chang’an hocha la tête, réfléchit pendant un moment et dit, « Quand il est parti, son visage était rouge. »

Déconcertée, je soupirai doucement en murmurant, « Moxi, Moxi, comment es-tu devenu si inutile dans cette existence ? Tout ce que j’ai fait a été d’avouer mes sentiments… »

Même si les nuits étaient froides ici, elles n’étaient pas glaciales. J’avais vécu toute ma vie dans le Wangchuan, je n’avais pas peur du froid. Mais Chang’an était différent. Peu importe combien il était talentueux, il n’était qu’un humain. J’allumai un fourneau pour lui dans la petite cabine, ajoutai du bois, et passai la nuit dehors.

Pourquoi aller dehors ? Evidemment parce que si cet enfant me voyait à côté de lui, il ne dormirait jamais !

Après tout j’étais un esprit bienveillant.

Quand je me réveillai le matin suivant, j’étais surprise de voir Chang’an tenir une courtepointe sur moi. En me voyant ouvrir mes yeux, il frissonna, tremblota telle une feuille, et recula encore et encore. Il trébucha quelques pas avant de tomber par terre maladroitement. Je m’assis pour l’aider mais il trébucha encore et s’enfuit.

Ma main était encore suspendue dans les airs quand mes veines tournèrent au bleu. Je voulais réprimer ce sentiment d’irritation qui menaçait de monter à mon cerveau, mais je ne réussis pas. Alors que des vulgarités étaient sur le point de sortir de ma bouche, il sortit sa tête timidement et me dit, « Umm… Umm, vous pouvez dormir à l’intérieur ce soir. Il fait froid dehors … »

Je le fixai sans dire un moment pendant un moment avant de soupirer, « Mon nom est Sansheng. »

Il cligna des yeux. Seulement un long moment plus tard, il m’appela timidement, « San… Sansheng. »

Ravie, je hochai la tête et entrai dans la résidence pour lire quelques livres que Zhonghua m’avait envoyé quelques jours auparavant, puis je m’adossai contre un prunier pour lire confortablement. L’histoire contait une réunion romantique, d’un miroir brisé dont les pièces se recollaient peu à peu. C’était l’ambiance exacte qu’il me fallait, et ainsi j’investis tout mon effort dans la lecture.

J’ignorai Chang’an et il n’osa naturellement pas me déranger. La journée se finit tranquillement… en dehors du banquet du soir, cependant.

Avec la vengeance du démon loup qui s’approchait, le banquet qui marqua le début de la réunion des grandes sectes était sur le point de commencer.

Je finis mon livre à la tombée de la nuit. Quand je levai les yeux, je vis le Mont Liubo inondé de lumière. C’était si lumineux que même le ciel était illuminé. La sorcellerie de Zhonghua était si puissante et habile qu’il ne me laissa même pas un trou pour m’enfuir. Mise à part la séduction de Moxi, écouter aux portes était mon second intérêt le plus fort. J’avais tellement de temps à perdre que je me promenai dans la forêt de pruniers. Ne détectant aucune faille dans le champ de force, j’abandonnai et retournai à la résidence pour laver le lit.

C’est alors que je vis deux silhouettes pénétrer par la porte arrière du hall principal. Curieuse, je regardai de plus près. Hey ! Mais n’étaient-ce pas le Vénérable Zhonghua et la religieuse qui s’appelait ‘Grand Maître’ … ?

Juste à ce moment-là, je vis la religieuse tirer la manche de Zhonghua. Il y avait de l’inquiétude dans sa silhouette mais puisque le visage de Zhonghua était caché dans les ombres, je ne pouvais le voir très clairement. Je laissai libre cours à mon imagination.

Je serrai les dents contre moi et joignis mes doigts en un poing.

Qu’essayez-vous de faire tous les deux !

 

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