Sansheng Chapitre 15 – Je n’échangerai jamais

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Moxi s’est marié ?

Je tournai lentement mon regard vide de Moxi à la femme.

« Moxi ! »

Elle se leva joyeusement quand elle vit Moxi entrer. A ma présence, elle s’arrêta immédiatement et hésita, « Elle est … »

Je m’accrochai au cou de Moxi. « Mon nom est Sansheng. »

« Sansheng … », murmura-t-elle mon nom tandis que son visage s’assombrissait. « Sansheng ? Vous êtes Sansheng ? » Comme si elle ne me croyait pas, elle regarda Moxi pour avoir confirmation.

En voyant son expression attristée, je ne pus m’empêcher de regarder aussi Moxi. Moxi, cependant, nous ignora tous les deux. Il se dirigea vers le lit, me posa dessus, et retira mes chaussures et chaussettes pour moi. Puis il se leva et écrivit hâtivement, ‘Ramène-moi le docteur de l’armée’ sur un papier avant de le donner à l’autre femme.

Elle se figea un moment avant de sourire tristement et sortir de manière chancelante de la tente.

« Est-elle … ta femme ? »

Il me nettoyait la blessure quand je lui posai la question. Il leva sa tête pour me regarder, un sourire se forma lentement sur son visage. Il secoua la tête.

Je hochai ma tête et dis sévèrement, « Bien, parce que je ne te laisserai pas en avoir une. »

Avec le même sourire bienveillant, il prit ma main et écrivit gentiment sur ma paume, « A part Sansheng, je n’ai jamais aimé personne d’autre. »

Je fus surprise de le voir écrire de tels mots aussi sérieusement. Je grattai ma tête et finis par me racler la gorge, affichant un air mûr tout en caressant ses cheveux. Je lui dis, « Tu es si élégant et j’ai été loin de toi pendant trop longtemps, je me demande vraiment combien de filles ont perdu leur cœur en te rencontrant. Mais tu es si froid et distant … je me sens mal pour ces pauvres filles. Est-ce une bonne chose que tu aies un tel caractère … je me pose honnêtement la question parfois. »

A mes mots, Moxi me dévisagea d’un léger chagrin.

La plupart du temps, je ne savais pas pourquoi il était en colère. Cette fois, je ne connaissais pas non plus la raison. Ne voulant pas me casser la tête à essayer de deviner, je dis, « Mais Sansheng a toujours été égoïste. Ton hostilité et ton indifférence aux autres filles … sont plus à mon goût. »

« Moxi, m’as-tu drogué avec quelque chose ? Pourquoi est-ce que je t’aime autant ? Pourquoi est-ce que je suis si réticente à te partager avec d’autres personnes ? »

Il continua à me regarder, ses yeux brillants.

A ce moment-là, le docteur de l’armée arriva. Moxi détourna le regard et laissa sa place au docteur.

Puisque ma blessure était l’œuvre de mon propre sortilège, ce n’était que naturel pour le docteur de faillir à détecter quoique ce soit. Il annonça juste que c’était une blessure externe avant de panser la blessure et prendre congé.

Ayant l’espace pour nous deux de nouveau, j’attrapai vivement les manches de Moxi pour me plaindre de son absence à mes côtés. Je n’avais même pas commencé à chauffer sa manche que soudainement un soldat l’appela de l’extérieur de la tente.

Le visage de Moxi s’affaissa. Il se leva immédiatement et sortit. Je regardai sa manche s’échapper de mes mains, l’appel du soldat résonna dans ma tête. Je soupirai. Vingt ans étaient vraiment trop long pour une séparation.

Sansheng était peut-être encore importante pour Moxi, mais elle n’était plus la plus importante de tous désormais.

La guerre ne pouvait s’arrêter juste parce que le général avait ramassé une femme sur le bord de la route.

Je n’eus que très peu de moments intimes avec Moxi après notre réunion. Avec la dernière bataille qui s’annonçait, il y avait une étrange atmosphère dans l’armée, à moitié excitée et à moitié désordonnée. Moxi croulait tellement sous le boulot qu’il n’avait même pas le temps de se reposer.

Je m’en fichais de l’issue de cette guerre, je ne me souciais que de Moxi.

Récemment, alors que je suivais la marche rapide des troupes, je me demandai ce que Moxi ne pouvait trouver dans son épreuve. Il était maintenant un général. Il avait de la puissance, il avait de la richesse. Que pouvait-il bien ne pas avoir ?

Puisque nous avions été séparés depuis si longtemps, je pensai lui demander directement la réponse.

Quand la nuit tomba, je rassemblai des informations des gardes de nuit qui me dirent que Moxi était parti du camp militaire avec Mademoiselle Ah Rou.

Ah Rou était la femme que j’avais vu l’autre jour. J’avais entendu dire que c’était la fille adoptive de Bai Jiu, et qu’elle avait toujours été très proche de Moxi depuis l’enfance. Elle était presque universellement considérée comme la femme du général. Après avoir entendu cela, je hochai la tête légèrement et refusai de faire des commentaires.

Mais aujourd’hui, au milieu de la nuit …

Je ne pus m’empêcher de me sentir blessée. J’accélérai mon rythme de marche et cherchai leur localisation pendant un long moment avec de découvrir leurs silhouettes dans la forêt.

Ah Rou pleurait, « Moxi, comment es-tu devenu ainsi, comment … ? » Je m’arrêtai, me tournai et me cachai derrière un arbre. « Il est après tout le maître qui t’a élevé », dit Ah Rou dans la misère. « Pourquoi dois-tu le pousser dans ses dernières limites ? Veux-tu ce royaume tant que ça ? »

Je me figeai à ses mots. Je sortis discrètement ma tête pour voir Moxi retirer indifféremment sa manche de l’emprise d’Ah Rou. Puis il prit sa main et écrivit quelque chose sur sa paume. Ah Rou élargit ses yeux dans la surprise, « Moxi, es-tu devenu fou ?! »

Moxi la regarda tranquillement.

« Même si vous n’avez pas de lien de sang, elle est comme ta soeur, ta mère. Tu veux en fait … Tu veux en fait … » Ah Rou réalisa soudainement quelque chose, « La raison pour laquelle tu veux le trône … Moxi, tu veux te hisser tout en haut pour que personne ne se dresse sur ton chemin ? Pour que tu puisses te marier avec elle ? »

L’expression de Moxi se gela. Il écrivit quelques mots de plus sur sa paume et partit de lui-même.

Ah Rou se tint debout pendant quelques temps. Elle sembla éventuellement se ressaisir, mais quand elle fit deux pas, comme si elle avait perdu toute sa force, elle s’adossa contre un arbre et glissa lentement au sol. Je réfléchis un moment puis décidai de sortir de ma cachette. Je lui offris ma main, en attendant qu’elle veuille bien se remettre debout.

Elle me regarda, surprise, « Tan … Tante Sansheng. »

J’ignorai la façon dont elle m’appela et lui dis, « J’ai tout entendu. »

Des larmes se mêlèrent aussitôt dans les yeux d’Ah Rou, délicate et pitoyable. Elle pleura, « Tante, seule vous pouvez persuader Moxi maintenant. Persuadez-le s’il vous plait ! »

« Pourquoi le ferais-je ? »

Si Moxi voulait le trône, ce n’était pas uniquement pour moi, comme le supposait si bien Ah Rou. Il était le Dieu de la Guerre, son coeur pensait avant tout au peuple. Peu importe comment il se réincarnait, ce devoir et cette fierté seraient toujours enracinés à l’intérieur de lui.

Il devait avoir ses propres raisons pour poursuivre le trône, mais peu importe les raisons, je n’avais aucun droit de le persuader de renoncer à son but.

Ah Rou fut surprise par ma réponse. « Parce que, parce que … Mon père adoptif … Il sera impitoyable envers mon père adoptif, il … »

Je soupirai, « Moxi est trop gentil pour être impitoyable envers ton père. Mais je ne peux pas en dire autant de ton père, Bai Qi. » Je ne voulais pas m’étendre plus sur le sujet. Je la levai et dis en partant, « C’est de ma faute d’avoir laissé Moxi seul avec vous pendant toutes ces années. Personne ne le comprend. Il n’a pas dû vivre très heureux ces dernières années. »

Quand je rentrai au camp, j’entendis le son de la cithare venir de la tente de Moxi de loin. Surprise dans le bon sens, je hâtai mes pas. Je sentis alors le parfum des fleurs de pruniers au moment où je levai le rideau et entrai. Les cordes arrêtèrent de vibrer et Moxi leva le regard vers moi. Bien qu’il sourît, son sourire n’atteignait pas ses yeux.

Mon coeur me fit mal, mais je ne le montrai pas. Je lui souris et fit semblant de rien, marchant autour de Moxi pour lui donner une grande étreinte de derrière. Je m’accrochai à son cou, peu inclinée à lâcher prise.

Il se raidit légèrement. Je m’approchai de ses oreilles mais ne parlai pas, laissant à l’un le temps de ressentir le rythme cardiaque de l’autre.

Dieu sait combien de temps s’écoula avant que Moxi, comme s’il s’était réveillé d’un rêve, me caressa gentiment la main et me fit signe de m’assoir à ses côtés. Il prit une branche de prunier près de la table de cithare puis écrivit sur un bout de papier, « Je me souviens que les fleurs de pruniers sont tes fleurs favorites. Aujourd’hui j’ai traversé un champ de pruniers alors je t’ai ramené une branche. »

Je reçus la branche, la tins dans mes mains et l’admirai encore et encore, respirant ce parfum familier.

« Tu aimes ? »

Comme si quelqu’un le grattait gentiment, mon cœur trembla quand je vis les quatre mots écrit de manière hésitante sur le parchemin blanc.

« J’adore. » Je pris ses mains et caressai les parties rugueuses de sa paume. « Toutes les fleurs du monde ne peuvent s’échanger contre celles que tu m’as offertes. »

Il blottit ses doigts autour de ma main, serrant si fermement que j’eus un peu mal.

« Moxi, joue une chanson pour moi. J’ai toujours aimé t’écouter quand tu étais plus jeune. » Je souris, « Je veux écouter quelque chose d’exaltant ! »

Moxi hocha la tpete. Le bout de ses doigts balaya les cordes et une mélodie en ressortit. Il y avait une intention meurtrière comme sur le champ de bataille, il y avait l’esprit impérieux de la domination du monde, et il y avait aussi une trace de rétrospection d’un héros solitaire qui se tenait seul, tous mixés dans la mélodie.

Le morceau s’éleva en crescendo jusqu’à la fin, mais il y avait aussi une certaine vicissitude. Les notes étaient jouées rapidement, comme si chaque sentiment tacite et refoulé était soudainement exprimé. Alors que le son de la cithare était encore persistant dans l’air, je lui demandai soudainement, « Moxi, veux-tu le trône ? »

Ses mains se posèrent sur les cordes, amenant la réverbération inachevée à son arrêt.

Il ne me regarda pas, fixant les cordes puis hocha la tête.

Je ris et lui dis, « Alors bats toi pour. Je te suivrai. » Je plaçai la branche de prunier sur le dessus des cordes, je lui attrapai sa main droite et lui chuchotai, « Cette fois ci, je ne partirai pas. »

Après cette nuit, Moxi devint encore plus occupé.

Le matin de l’attaque sur la forteresse impériale et juste avant de partir à cheval pour partir à la bataille, Moxi descendit de son cheval et, devant tous les soldats, le serra dans ses bras. Malgré le sentiment inconfortable de son armure sur mon corps, je ne le repoussai pas. Je le laissai me serrer un certain temps comme un enfant pendant un moment avant de lui caresser les épaules. « Ne t’en fais pas, vas. »

Comment pouvais-je le laisser aller à la bataille seul ? Si je devais conjecturer, ce que Moxi ne pourrait avoir serait le trône. S’il était destiné à perdre le trône, alors je pouvais au moins l’aider à garder la tête haute lors de sa défaite. Nous trouverions un endroit tranquille pour vivre le restant de nos jours.

Au moment où il finirait ses trois tribulations, ses trois existences promises se termineraient aussi. A partir de ce moment, nous partirions chacun de notre côté. Il redeviendrait un Dieu des Cieux, indomptable et suprême, tandis que je redeviendrais le petit esprit immortel des outres-mondes.

Un arrangement parfait, me diriez-vous ?

Quand la silhouette de Moxi sortit de mon champ de vision, je récitai un sort d’invisibilité et suivit derrière l’armée.

La dernière bataille possédait peu de suspens. Le sort de l’empereur était tellement désespéré que les soldats défendant la ville ne faisaient que de résister vainement. Le siège s’exécuta sans entraves. Juste un peu après midi, Moxi mena l’armée droit dans le palais.

Un étrange sentiment me disait que les choses se passaient trop bien.

Comme pour confirmer mes soupçons, une silhouette solitaire se tint devant le mur du palais en attendant l’arrivée de Moxi, dévisageant Moxi et son armée.

Bai Qi.

Il devait avoir la quarantaine ou la cinquantaine maintenant. Pour un mortel, c’était un exploit d’avoir toujours l’énergie nécessaire pour causer des troubles.

Il agita la manche, puis des archers émergèrent soudainement du mur. Ils tendirent leur arc, tous pointant vers Moxi.

Les troupes étaient en émoi, ou devraient-ils l’être. Bai Qi était le dirigeant des rebelles, Moxi était le général qui avait capturé des séries de forteresses. Maintenant qu’ils étaient sur le point d’atteindre le palais, les deux hommes se trouvèrent brusquement en désaccord. Tous devaient vouloir une explication à cette farce.

Bai Qi sortit la tête décapitée d’un homme et hurla, « Le tyran a été décapité ! Camarades, nous avons gagné la guerre ! »

Après une période de silence, des centaines de milliers de soldats éclatèrent en rugissements de victoire.

Mon regard se posa sur la silhouette sur le dos de son cheval. Bai Qi avait battu Moxi sur la décapitation de l’empereur et avait de ce fait manipulé toute l’armée en se proclamant indirectement nouvel empereur. Je réalisai finalement pourquoi il était à la capitale alors que Moxi menait toujours ses hommes à la bataille. Je suppose que c’était pour ce moment.

Bai Qi attendit que les soldats se calmèrent lentement avant de dire, « Il y a une multitude de personnes qui veulent diriger cet empire splendide, mais jamais je n’aurais cru que celui qui utiliserait des méthodes perfides serait toi ! »

Bien que sa voix fût modérée, la forte énergie interne de Bai Qi retentit dans les oreilles de tous. Sa condamnation plongea la masse dans un silence absolu.

« Moxi, quand tu avais huit ans, je t’ai pris comme mon disciple. C’était il y a vingt ans. Tous ce que je savais, je t’ai enseigné, mais tu as envoyé à plusieurs reprises des hommes m’assassiner pour le trône. Je suis très déçu. Le tyran n’est plus de ce monde. Il est maintenant temps pour l’élève déraisonnable et déloyal de quitter ce monde ! »

Je ne pus que soupirer en voyant la surprise dans l’expression de chacun. Malgré la foule, malgré la légion, sa silhouette solitaire me fit ressentir une solitude aiguë.

Il ne pouvait parler, même s’il était calomnié, il ne pouvait pas se défendre.

A ce moment-là, quelqu’un du palais tira soudainement une flèche droit vers Moxi. Je paniquai. Alors que j’étais sur le point d’intervenir, je vis que Moxi n’essaya pas d’esquiver la flèche, mais il sortit lui aussi son arc. Avant que quiconque ne puisse réagir, la flèche de Moxi divisa la première en deux. Un cri résonna instantanément des murs, un archer tomba.

La foule était effarée.

Même moi j’étais un peu surprise. Je ne m’attendais pas à ce que les tirs de Moxi soient si précis.

« Non ! » Une voix aiguë de femme se distingua de l’arrière-garde de l’armée. Une femme se tourna vers Moxi, « Non ! Moxi, non ! Peu importe les circonstances, il reste le maître qui t’a élevé ! Moxi … »

L’apparition soudaine d’Ah Rou surprit le cheval de Moxi. Pas un animal très patient, le cheval se dressa comment s’il voulait marcher sur Ah Rou avec ses sabots. Moxi tira sur les reines, mais puisque le cheval était devenu fou, il n’eut aucun moyen de le contrôler.

Après un temps, je vis de mes propres yeux que quelqu’un avait tiré un projectile vers le cheval de Moxi. Ils voulaient voir Moxi piétiner Ah Rou jusqu’à la mort pour que sa vicieuse notoriété ne devienne vraie. La colère brûla à l’intérieur de moi. C’était sans importance si Moxi ne pouvait avoir le trône, mais je ne laisserais personne le calomnier de cette façon !

J’agitai ma manche, envoyant les forces des ténèbres droit vers Ah Rou, la forçant à reculer de plusieurs pas.

Je me montrai et atterris devant le cheval de Moxi. En concentrant de l’énergie spirituelle dans ma paume, je commençai à extraire le projectile dans le cheval et le renvoyai vers le lanceur. Le soldat gronda et tomba.

Mon apparition imprévue effraya tout le monde. Ils crièrent tous simultanément ‘monstre’ et reculèrent de plusieurs pas, formant un cercle autour de Moxi et moi.

Moxi descendit de son cheval et saisit mes mains. Il était visiblement énervé puisqu’il écrivit hâtivement sur ma paume, « Pars. »

« A tes côtés, je dois être. Où veux-tu que j’aille ? »

Je demandai ainsi, et Moxi n’eut momentanément pas de réponse à donner.

Je ne compris pas les expressions en tumulte dans ses yeux. Soudainement, je me demandai intérieurement, je voulais vivre avec lui, mais est-ce que l’inverse était vrai ? Regretterait-il le trône et me haïrait-il plus tard … ? Je n’en étais pas sûre, alors je me retournai et lui demandai, « Moxi, je peux t’aider à obtenir le trône, mais à partir de maintenant, il n’y aura plus de Sansheng … Si c’est Sansheng contre le trône, voudras-tu échanger ? »

Il me fixa, ses yeux devinrent de plus en plus perplexes.

A cet instant, Bai Qi parla soudainement, « Sansheng, vous avez élevé Moxi comme une sœur, comme une mère, et pourtant il a développé des sentiments indésirables envers vous. Pourquoi voulez-vous toujours le sauver ? »

Des murmures se levèrent autour de nous. Moxi serra mes mains fermement. Il était extrêmement furieux, mais il ne pouvait pas paraitre encore plus froid. Il fixa Bai Qi avec une intention meurtrière qui me donna des frissons. Je caressai les mains de Moxi pour l’apaiser et ris quand je compris finalement pourquoi Bai Qi m’avait secourue. Il pouvait que je devienne un intermédiaire pour contrôler Moxi. Il voulait complètement le ruiner !

« Bai Jiu, il y a quelque chose que je me suis souvent demandé. Si je ne vous avais pas sauvé à cause de la gentillesse de Moxi auparavant, nos vies n’en seraient pas là aujourd’hui. »

Un léger changement apparut sur le visage de Bai Qi. Moxi baissa sa tête.

« Mais nous ne pouvons pas revenir en arrière. Moxi et moi vous avons sauvé, et nous voici maintenant. Je ne vous ai jamais aimé, probablement à cause d’un certain pressentiment que j’avais. Vous dîtes que Moxi retourne la vertu avec la malice, mais dans mon opinion, vous êtes le vrai traître ! Après que vous ayez appris à Moxi les arts martiaux, vous l’avez fait combattre des batailles sanglantes. Vous êtes le général tandis que cet enfant sacrifie sa vie pour vous. Maintenant qu’il a capturé la forteresse, vous dites qu’il veut le trône et vous essayez de vous débarrasser de lui. Bai Jiu, pensez-vous que vous pouvez prendre avantage indéfiniment de son incapacité à parler pour inventer des mensonges qui vous arrangent ? »

« Humph ! Démone, cessez vos accusations calomnieuses ! » Il agita les manches et des flèches se dirigèrent vers nous. Moxi me tira derrière lui pour me protéger.

Je me moquai, « Même ma calomnie est meilleure que vos conneries. » Les forces des ténèbres repoussèrent les flèches.

Je voulais toujours le maudire, mais tout d’un coup je sentis quelque chose voler en notre direction de derrière. Je le repoussai sans faire attention. De façon inattendue, cette chose explosa.

Merde ! Mes yeux se brouillèrent. J’essayai instinctivement de prendre la main de Moxi pour le protéger mais dans la panique, je fus incapable de le saisir. Puis tout s’assombrit et je sentis un poids m’écraser.

J’entendis le bruit de fissures, et je sentis un liquide chaud couler le long de mes joues, sentant le sang acerbe. Réalisant l’origine de ce liquide, des frissons parcoururent mon corps tremblant.

« Moxi ! »

Personne ne me répondit. Dans cette existence, il ne m’avait jamais répondu.

Après que les sons diminuèrent en puissance, le corps écrasant le mien ne s’écarta toujours pas. Mes mains tremblèrent alors que je sortis de son écrasement. Quand je réalisai ce qui se passait, mon cerveau devint instantanément blanc.

« Moxi ! »

L’armure qui le protégeait s’était brisé, d’innombrables aiguilles mordaient son dos. Pendant un moment, je ne savais pas où le toucher.

Il était couché la tête la première contre le sol, souillé de terre. Ses yeux étaient fermés et il ne me regardait plus avec sa tendresse. Mais il réussit tant bien que mal de tirer sur ma manche de la même façon qu’il le faisait quand il était petit, craignant que je ne marche trop vite et ne le laisse derrière.

Mon regard se posa sur ma manche et des mots écrits en sang en ressortirent, « Je n’échangerai jamais. »

Je souris vaguement, réalisant soudainement la stupidité de ma question.

Moxi était mort. Malgré que je sache qu’il ne faisait que terminer son épreuve et qu’il était de retour à cette place que trop familière, je ne pus restreindre le sentiment de deuil dans mon cœur. Ce sentiment m’étouffa. Maintenant qu’il avait fini ses épreuves, terminée était aussi notre connexion.

Il n’était plus possible de rester ensemble. Il n’y aurait plus de prochaine existence.

J’enfouis ma tête sur ses joues qui devenaient de plus en plus froids. Au milieu de cet odeur âcre de sang, il y avait aussi un parfum muet, celui des pruniers.

Je souris en voyant ces fleurs de pruniers rouges se détacher de ses revers, mais la désolation consuma mon cœur.

« Moxi, sais-tu pourquoi j’aime les fleurs de prunier ? » Murmurai-je. « Parce que notre destin a commencé avec ce parfum muet. Je ne l’aime que parce que c’est l’élément déclencheur de notre rencontre. »

Je ne compris que maintenant pourquoi Moxi était si enragé chaque fois qu’il allait dans l’outre-monde pour sa réincarnation. Il était enragé parce que je ne savais pas prendre soin de moi, lui causant cette terrible douleur.

« Le traître est mort, capturez la démone ! » cria quelqu’un.

Une terrible soif de sang surgit brusquement de mon gosier. Lui et moi ne nous rencontrerons plus jamais. Sans Moxi, qu’ai-je encore à perdre ? Yanwang m’avait interdit de tuer, mais ces personnes étaient allées trop loin. Et si je les tuais tous ?!

J’étais originellement née de la rivière Wangchuan. J’étais née de la mort elle-même. De quoi ai-je peur ? Ces mortels ignoraient leur propre folie. Les tuer tous laisserait ce monde meilleur.

Je regardai Bai Qi qui se tenait sur le haut de sa tour et ris. Comme des cris de deuils des fantômes, mon rire portait en elle des millénaires de ténèbres de la Rivière Wangchuan.

Comment est-ce que des mortels pourraient survivre à cette horreur ? Bientôt des cris de désespoir retentirent dans mes oreilles.

Mais je savourai ce son, je ris encore et encore, ravie de mon acte.

Des centaines et des milliers de soldats commencèrent à saigner de leurs sept ouvertures. Je n’en avais que faire. Je voulais juste tuer en masse pour que des torrents de sang ne contaminent le palais.

« Sansheng ! »

Au milieu des hurlements, une voix inquiétante atteignit mes oreilles.

Je m’arrêtai de rigoler et regardai en direction du cri, c’était Chang’an.

Il était habillé en vêtements de Liubo. Pendant un bref moment, je pensai presque voir Zhonghua. Mes yeux brulèrent, une larme en coula. Je l’essuyai et remarquai que c’était du sang.

Les larmes ensanglantées de la Pierre de Sansheng.

Chang’an semblait si nostalgique. « Sansheng, ne vous abandonnez pas dans les ténèbres. Ne développez pas de mauvaises pensées. »

Humph.

Chang’an soupira, « Sansheng, reconsidérez attentivement. Le meurtre est une des choses taboues des lois Divines et Terrestres. Vous devrez souffrir d’un emprisonnement de votre âme. Mais ce n’est rien de plus qu’une épreuve. Vous aidez Moxi à traverser ses épreuves, mais vous êtes aussi en train de détruire des millénaires de cultivation accumulée. »

« Et alors ? » Je gloussai, « Je suis une pierre, qu’est-ce que cela peut me fairez que je perde mon âme ? Je n’aurai plus à me soucier des choses matérielles. Qu’est-ce qu’il y a de mauvais à ce propos ? Ces gens ont tué Moxi. Je m’en fiche que ce soit une tribulation de Moxi. La réalité c’est qu’ils l’ont tué. Il n’y a rien d’injuste à vouloir rendre un œil pour un œil. »

« Sansheng », la voix de Chang’an était pleine de chagrin, « Vous êtes chagrinée par la perte de Moxi, mais ces centaines de milliers de personnes sont aussi des êtres vivants. Comme vous, ils ont leurs êtres bien-aimés. Si vous les tuez, qu’est-ce que leurs bien-aimés subiront ? »

Je me raidis, en regardant ces gens. Quelques-uns agonisaient encore, tandis que d’autres avaient déjà rendu leur dernier souffle comme Moxi, couchés sur le sol, silencieux, immobile …

Ils n’auraient pas dû tuer Moxi, mais je n’ai aucun droit de les tuer.

Les forces ténébreuses dans mon corps se dissipèrent. L’horreur aux alentours diminua aussi en de petits sanglots.

Je réalisai soudainement que ces trois existences étaient comme un joyeux rêve que Moxi m’avait donné. Tôt ou tard, j’aurais dû m’en réveiller. Maintenant que Moxi était parti, je n’avais qu’à me réveiller un peu plus tôt.

« Chang’an, puisque tu peux voir la volonté des Cieux, lutte pour gagner la divinité. Tu réussiras tôt ou tard. »

J’allai aux côtés de Moxi, je pris ses mains et touchai ses joues glacées.

Si ces trois existences s’étaient terminées, alors finissons-en ici.

Je fermai doucement mes yeux et coupai mes propres veines.

Mon âme s’éloigna doucement. Cette fois, les Gardes Noirs et Blancs de l’Impermanence ne vinrent pas m’escorter. A leur place, il y avait le juge frigide travaillant aux côtés de Yanwang. Il fit un signe divin sur mon poignet, et des chaines en fer apparurent, « Sansheng, vous avez commis un meurtre », dit-il. « Je suis là pour vous juger. »

Je hochai la tête et ne dis rien de plus.

 

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