Ouroboros Record – Chapitre 02

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Chapitre 02 – Ma première demoiselle (Partie II)

 

Un mois s’écoula.

 

« Maitre. Il est l’heure de vous lever. »

 

« Uh-ghh…… »

 

J’ouvris mes paupières encore lourdes et essayai de m’éclaircir l’esprit, je pus voir une fille portant un costume de servante ainsi qu’un tablier blanc me regarder. Inutile de le préciser, elle était Yuni.

 

Puisqu’elle apprenait l’étiquette sous la tutelle des servantes de notre manoir, elle était en quelque sorte leur apprentie. Bien entendu, son apparence était appropriée, pour une esclave, la qualité des habits était relativement correcte. La Famille Oubeniel était considérée comme une Famille de Comte relativement influente. Lorsque quelqu’un devenait le vassal d’un autre, même s’il venait d’un milieu roturier, il pouvait devenir une aide proche d’un aristocrate ou d’un enfant d’une famille aristocrate mineure et avoir des habits dignes du rang du maître. Pour des esclaves par contre, ils étaient souvent habillés par des vêtements très inférieurs à ceux du maître.

 

« Bonjour, Yuni. »

 

« Bonjour, Maitre. »

 

Je redressai mon corps en une position droite et échangeai des salutations matinales. Deux ans s’étaient écoulés depuis que j’avais ramené cette enfant dans la maison. Etaient-ce les résultats de son entrainement quotidien ? Yuni utilisait des mots bien trop compliqués et respectueux pour son âge. Elle était aussi très réceptive et enthousiaste quant aux entraînements donnés par les servantes empruntées à père.

 

Elle se développait dans la bonne direction. Marteler le moule dès le départ me permettait de lui enseigner les bonnes manières et d’obtenir une obéissance absolue au fur et à mesure que son entrainement progressait. De plus, cela me permettrait de supprimer toute envie de rébellion si elle en possédait. Les habitudes devaient être forgées par l’apprentissage pour que le corps s’en souvienne. Si je l’entrainais de sorte à ce qu’elle prenne du plaisir à baisser la tête et à m’obéir, je pourrais lui inculquer une loyauté absolue envers moi une fois adulte.

 

J’étirai mes bras tout en me levant.

 

« Je suis resté éveillé trop tard hier …… J’ai mis la main sur une information intéressante, j’ai voulu à tout prix finir de l’analyser. »

 

« S’il vous plait, ayez un minimum d’amour-propre. Si vous mettez en péril votre santé…… Vous n’êtes plus un enfant. »

 

« Il est vrai. Avant d’atteindre mon rêve d’immortalité, je ne peux me permettre de mourir jeune. »

 

Je commençai à changer mes habits tout en engageant des conversations triviales. Yuni me déshabilla bravement de mon pyjama et m’aida à mettre mon pull. Avoir une jeune fille pour m’aider à changer mes habits provoquait en moi un petit sentiment d’embarras mais c’était le devoir d’un aristocrate de permettre aux servants de se charger de telles affaires quotidiennes et ordinaires.

 

En effet, il fallait créer des emplois. Mais Yuni n’était qu’une esclave non payée. Ce n’était pas bon pour l’économie mais, bon, autant considérer ce service comme d’un service moral pour mon cœur.

 

« J’ai entendu que vous avez obtenu de nouvelles informations, y aura-t-il un changement de planning aujourd’hui ? » Me demanda-t-elle après m’être habillé.

 

Pourquoi changerais-je mon planning après avoir obtenu de nouvelles informations ? C’était bien évidemment parce que je m’engagerais dans de nouvelles expériences.
Cependant, ce n’était pas le cas cette fois ci.

 

« Mm -, déchiffrer le vieux texte prendra du temps. Pour l’instant, nous continuerons l’expérience actuelle. »

 

« Oui, certainement. Je préparerai le matériel nécessaire. »

 

Dit Yuni, alors qu’elle baissa la tête d’un mouvement naturel. Ses gestuels de respect commençaient à sembler décentes. Elle apprenait vraiment rapidement sous la tutelle de professionnels. Alors que je souris à sa croissance progressive, je pensai qu’aujourd’hui serait un bon jour.


 

 

Une demie année s’écoula.

 

« Guhah !? »

 

Enfonçant un bâton en bois utilisé pour l’entrainement dans son plexus solaire, l’homme s’écroula. Comme toujours Yuni le regarda sans une once d’émotion malgré avoir battu un adulte tout seul avec un corps d’enfant.

 

Un an s’était écoulé depuis que l’entrainement destiné à augmenter son potentiel physique avait commencé. Le dit-homme était un chevalier de la première génération, qui avait un jour participé à une guerre et avait réussi à réaliser un acte méritoire, mais voici son état.

 

Cet homme robuste fut vaincu par une fille de sept ans (supposition), de plus, il avait l’initiative. Non, non, elle devenait de plus en plus redoutable.

 

« Merci beaucoup de vos conseils, comme toujours. »

 

« Qu-quel conseil … »

 

Avec des pieds frissonnants comme ceux d’un bébé faon, le chevalier prit près d’une minute entière avant de retrouver son équilibre. Il réussit finalement à endurer l’attaque de Yuni d’une certaine façon.

 

Sa force avait été augmentée grâce aux médicaments que j’avais concoctés. C’était un médicament découvert avec de grandes difficultés. Le médicament n’inhibait pas la croissance squelettique d’une personne puisqu’il n’augmentait pas la quantité de muscles mais la qualité des muscles. La mise au point avait pris pas moins de la mort de cinq esclaves. Tous étaient les moins coûteux, s’ils n’avaient aucun talent remarquable, les esclaves étaient même moins chers que des jouets ou des bonbons, mais néanmoins, leur mort était indésirable à cause du temps perdu à se soucier de faire disparaitre les corps. Il y avait cette fois où père m’avait crié dessus en me reprochant de brûler trop de corps. Il m’avait réprimandé très sévèrement, en m’amenant jusqu’à l’Eglise pour me faire la morale.

 

Mais, mes efforts payèrent au final, les capacités physiques de Yuni s’étaient améliorées d’un grand bond. Si elle était capable de tels combats à 7 ans, peut-être qu’elle pourrait s’occuper de récolter les matériaux bien plus tôt que je ne l’espérais.

 

Ricanant dans mon coin en pensant à ce futur glorieux, le chevalier servant ma famille me regarda d’une expression austère.

 

« Jeune maitre … Laissez à l’adversaire de cette jeune fille se retirer pour aujourd’hui. »

 

Cette voix semblait différente de la douleur éprouvée, c’était plutôt comme s’il avait peur de quelque chose.

 

« Comment ? Pourquoi ? »

 

« Honnêtement, il n’y a rien que je puisse lui enseigner de plus. Si cet entrainement continue, mon corps ne tiendra pas. »

 

A ces mots, il montra les nombreuses blessures sur son estomac et ses poignets. Il y avait aussi d’innombrables bleus sur son visage. Certainement. Yuni était bien plus forte que lui maintenant. Nous étions arrivés à un point où elle n’apprenait plus rien en se battant avec cet homme. Il avait même permis à une enfant de frapper son plexus solaire. Il n’avait plus aucune dignité en tant que chevalier. Tout bien considéré, il était temps d’arrêter.

 

Mmh, j’avais entendu dire qu’il était devenu un Chevalier de première génération non pas grâce à ses actes méritoires en guerre, mais plutôt pour sa valeur en tant que valet personnel. Je ne connaissais pas très bien les compétences standards pour un combattant, mais j’étais sûr qu’il n’était pas très haut placé dans la hiérarchie. Il était peut-être temps pour Yuni d’avoir un matériel d’entrainement plus compétent.

 

Je hochai la tête en assentiment et l’homme se sauva précipitamment.

 

« Bon, maintenant, que devrions-nous faire à partir de demain ? Peut-être que je devrais recruter un aventurier pour enseigner la magie ou des compétences de recherches ? »

 

« … Est-ce judicieux ? Avec ces dépenses, l’argent réservée à l’achat de tables expérimentales et d’autres matériaux – »

 

En apparence, dit admirablement Yuni. Mais ses craintes étaient infondées.

 

« Si tu atteins un niveau de compétence plus élevé, nous récupérerons cet argent. Si tu deviens plus forte, nous gagnerons plus au change. »

 

Acquérir des matériaux bruts coutait de l’argent puisque nous les achetions directement des marchands. Si nous pouvions collecter ces matériaux de nous-mêmes, les dépenses deviendraient presque nulles.

 

« Bien, jusqu’à l’arrivée du nouveau professeur, nous irons chasser des monstres aux abords de la ville. Tu penses pouvoir gérer ? »

 

« Oui. Les monstres tels que les gobelins qui apparaissent souvent près des villes ne me font pas peur. Je suis sûre de pouvoir les battre. »

 

Déclara fièrement Yuni. Pour être franc, celle qui battait les monstres rencontrés dans les plaines était Yuni. Le chevalier avec qui elle s’était battu ne nous avait aidés que pour approximativement un mois. Elle était capable d’explorer les forêts à proximité mais je n’avais aucune connaissance en ses capacités en matière de combat réel. Si elle rencontrait de grosses vagues d’ennemis d’un seul coup ou si elle se battait de manière répétitive, qu’elle se blessait ou qu’elle se fatiguait, nous perdrions lamentablement. Pour explorer de manière sûre, elle avait besoin d’encore deux ou trois ans d’entrainement.

 

Choses étant, je dus avancer mon planning suite aux progrès astronomiques de Yuni, surpassant mes espérances.

 

Je n’étais pas pressé. Etape par étape, je l’entrainais avec diligence et attention. Il n’y avait personne avec un tel degré de talent.

 

 

Trois ans passèrent.

 

« Les adversaires étaient aussi des aventuriers et le résultat était conforme aux prédictions. Même si tu es Yuni, tu ne t’en es pas tiré sans blessure. » Lui dis-je.
Son corps était blessé de partout, je soignais ses blessures personnellement.

 

Yuni pouvait utiliser la magie de soin pour se traiter elle-même, mais ce genre de magie laissait bien souvent des cicatrices. Sur ce point, je pouvais me vanter d’être sans égal quant à soigner une blessure sans laisser de cicatrice. J’étais celui qui avais réussi à guérir toutes ces cruelles et vilaines blessures. Il n’y avait pas de raison pour faillir à traiter de telles blessures issues de bataille.

 

« … Je vous ai causé des ennuis. »

 

« Non, non, je suis celui qui t’ai fourni ce travail déraisonnable. Tu n’as pas à t’excuser. »

 

La consolai-je. Ses expressions de visage ne changèrent pas, elle baissa la tête. Peu importe la situation, elle ne montrait jamais ses émotions mais c’était en parti à cause de la façon dont elle fréquentait les gens ces dernières années. Mais malgré tout, je voyais que du fond de son cœur, elle était découragée.

 

« En tout cas, ces professeurs sont vraiment gênants … Ils ont essayé de me voler Yuni. »

 

« Oui. S’ils ne prévoyaient pas un tel événement, j’aurais surement été diplômée d’une façon plus appropriée. »

 

« Bon sang, » je laissai échapper un soupir exaspéré tout en hochant la tête.
Ceux qui avaient infligés de telles blessures à Yuni étaient ses maîtres. Ils étaient, pour faire court, des gens qui ne travaillaient pas au manoir, mais qui l’entrainaient. Mais, d’une façon ou d’une autre, il semblerait qu’ils me suspectaient de conduire des expérimentations humaines. Partant de cette idée, ils voulaient protéger Yuni avant qu’elle ne devienne la suivante sur ma liste.

 

Elle était peut-être l’esclave d’un noble, mais elle n’était qu’une enfant. S’ils négociaient avec le propriétaire, il était probablement possible de l’acheter en monnayant le contrat, disaient-ils.

 

S’ils avaient fait une telle chose, je n’aurais pas été en mesure d’aller à l’encontre de la volonté de mon père, qui était le chef de la famille. Parce que je me dévouais constamment à l’alchimie, ce qui était une déviation de qu’il voulait de moi. Il vendrait Yuni sans une once d’hésitation.

 

Naturellement, ils ne m’avaient pas tout raconté directement. C’était au milieu de l’entrainement de Yuni qu’ils avaient concocté un tel plan.

 

Et, en entendant la trahison de sa bouche, sans un moment de délai, j’ordonnai leur assassinat. Si elle avait rejeté l’idée, j’aurais surement utilisé la magie de subordination, mais elle ne refusa pas. Elle alla tuer ses professeurs, à qui elle devait une dette de gratitude et qui lui avait montré de l’affection, sans aucune hésitation. J’étais celui qui l’avais éduquée, mais franchement, elle était une gamine terrifiante.

 

Ils étaient tous des aventuriers de renom, célèbres pour leurs compétences, mais jamais ils n’auraient pensé que la personne qu’ils essayaient de sauver serait la personne qui les tuerait. Yuni était aussi connue pour être l’aventurière solitaire qui ne formait jamais de groupes. Si le combat avait été un duel, juste Yuni, une combattante, aurait été plus que suffisant pour les envoyer à leur tombe. La magicienne qui lui enseignait la magie était morte d’un seul coup de poignard dans le dos quand elle ne faisait pas attention. Le plus gros problème était l’ermite – un éclaireur qui était un professionnel quant au ramassage des butins – qui lui enseignait les compétences essentielles de recherche. Fidèle à sa réputation d’éclaireur, j’avais entendu dire qu’il avait senti son intention meurtrière et avait répliqué avec férocité.

 

Ouroboros Picture - Tome 01 - 02

 

Au final, le résultat fut quelques coupures sur son corps. On avait eu de la chance qu’il ne se soit pas enfui. D’après le rapport de Yuni, afin de prendre des précautions, non seulement elle avait asséné le coup fatal, elle l’avait aussi enterré. Elle craignait qu’il ne se relève en mort-vivant. Ainsi, elle l’avait enterré dans un cimetière où des services mémoriaux étaient de coutumes. On pouvait s’assurer qu’un mort ne devienne jamais un zombie ou un squelette en broyant le corps, mais il y avait aussi le danger que le mort ne se transforme en un spectre s’il mourait dans la haine. Ils y avaient mérites et démérites dans ce supposé monde de fantaisie. Pour s’assurer qu’un homme mort ne parle pas, une légère précaution de plus était nécessaire.

 

D’ailleurs, parmi les esclaves morts et brûlés après une expérience, certains devenaient des spectres. Mais après les avoir exorcisé avec de la magie, l’individu en question ne réémergerait plus jamais en tant que spectre. Surement, une fois leur âme purifiée, ils ressentaient la même chose qu’avant ma réincarnation.

 

En laissant ce sujet de côté.
« Diplômée, hein. Même si elle les a tués par surprise, elle est assez forte pour vaincre ses deux maitres. Il est peut-être temps pour Yuni de sortir explorer les environs. »

 

« … Puis-je avois votre permission ? »

 

Yuni leva la tête, ses yeux fixés sur moi, me dévisageant. Elle avait la même expression que quand je la félicitais, ou quand je lui donnais des équipements ou des sucreries. Avait-elle tant envie d’aller s’aventurer ?
J’avais fini la plupart des traitements, je pris un siège et continuai sur ma lancée.

 

« Tu es déjà bien trop forte, je n’ai plus besoin de payer des professeurs particuliers. Ces dépenses peuvent être utilisées pour les nouvelles expériences. Si tu peux le faire, alors vas-y, j’aimerais aussi procéder ainsi. »

 

« M… Merci, Maitre ! »

 

Soudainement, avec le bruit des habits, Yuni se prosterna sur le sol.

 

« Certainement … Certainement, je jure que je serai plus utile que jamais ! »

 

« … Ermm. »

 

Ce fut surprenant.
Elle avait toujours été une enfant discrète, je ne m’attendais pas à ce qu’elle monte la voix, j’aurais presque pu voir le point d’exclamation au-dessus de sa tête.

 

Il semblerait qu’elle ait remarqué ma stupeur. Elle baissa sa tête, qui était haute.

 

« … J’ai agis de façon disgracieuse. Veuillez me pardonner. »

 

« Non, je ne suis pas en colère. De plus, tu n’as pas à t’agenouiller devant moi d’une façon aussi grandiose. Ce n’est pas comme si d’autres personnes te regardent. … Allez, relève-toi, relève-toi. »

 

Je soupirai un petit coup avant de la pardonner.
Je me demandai si c’étaient à cause des servants si ses manières étaient aussi strictes, quelques gestes de remerciement ou d’excuse étaient trop exagérés. Certainement, puisque les esclaves faisaient partis de la classe inférieure – encore plus basse que les roturiers qui étaient sous les ordres des nobles – la classe la plus basse, elle se devait d’agir en conséquence. C’était le bon sens de ce monde. Mais pour moi, voir quelqu’un agir de cette manière était plus suffocant qu’autre chose. Je désire en effet un cœur rempli de loyauté, mais la dernière goutte fait déborder le vase (1). J’aurais voulu qu’elle soit plus amusante.

 

  • Proverbe japonais (j’ai pris des libertés de traductions), en gros la signification c’est qu’en avoir trop, c’est pareil que de ne pas en avoir assez.

 

Je vérifiai de mes propres yeux que Yuni se soit bien levée, je changeai de sujet.

 

« Hé, je suis plus qu’heureux de voir une Yuni enthousiaste. Voilà ce qu’on va faire. A partir de maintenant, nous présenterons les débuts de Yuni l’aventurière, nous avons besoin de quelques préparations. Allons-nous recenser à la guilde à partir du début du mois prochain. »

 

Il s’agissait de formalités ennuyantes, mais nécessaires.
En devenant aventurier, elle aurait la permission d’entrer dans des zones dangereuses interdites aux gens ordinaires. Même si politiquement parlant, il y avait toujours quelques aventuriers sans licences qui ne se recensaient pas à la guilde – ces cas étaient rares, et bien souvent il s’agissait de personnes louches avec un casier judiciaire rempli, ou encore des criminels actifs – ignorant ainsi la procédure standard. Néanmoins, les groupes contenant ces personnes avaient tendance à développer beaucoup de disputes superflues, par exemple s’ils se faisaient contrôler et arrêter, le groupe aurait des ennuis. Croiser des aventuriers officiels lors d’une exploration pouvait aussi se terminer en querelle, il y avait aussi la crainte de se faire accuser d’activités illégales comme le braconnage. Au cas où ces activités étaient impardonnables aux yeux de la guilde, ils pouvaient aussi devenir l’objet d’une subjugation de la même manière qu’un monstre. De tels ennuis n’étaient pas à mon goût, je ferais en sorte de la recenser.

 

« Pour l’instant, préparons l’équipement nécessaire. As-tu une requête spéciale ? Celle qui utilisera l’équipement est Yuni, ainsi, ne te retiens pas et donne moi tes exigences. »

 

« Alors, Maître – »

 

Je la poussai à parler franchement, elle parla, mais avec une certaine hésitation.

 

« Pourrai-je avoir un robuste uniforme de combat pour maid ? »

 

 

Huh ? J’ai mal entendu ?

 

« … Un uniforme de maid ? »

 

Je doutai mes oreilles instinctivement et lui demandai de se répéter. En réponse, elle hocha la tête.

 

« Un uniforme de maid. »

 

En tous les cas, mon audition était normale.
Elle évita anxieusement le contact visuel avec moi, mais c’était bien ce qu’elle avait dit.

 

Comment est-elle parvenue à une telle requête, je me le demande.
Bon, je l’accorde, elle était habituée à se déplacer dans un uniforme de maid et bouger dans de tels habits serait surement plus facile pour elle. Mais, avait-elle vraiment l’intention de porter ces habits lors de ses aventures ?

 

C’était peut-être une tentative ratée de blague ? Alors que j’étais perdu dans ma réflexion, elle me fixait sérieusement des yeux.

 

« … Ce n’est pas possible ? »

 

Me demanda-t-elle nerveusement en levant ses yeux.
Cette gamine était sérieuse. J’étais confiant sur ce fait.
Non, peut-être qu’elle avait été traumatisée par le meurtre de ses propres professeurs, résultant en un état de confusion ? Elle était peut-être mal à l’aise ? Mais quand je l’avais soignée, je m’étais assuré de vérifier ses signes vitaux. Son pouls et sa transpiration étaient tous deux normaux. Par conséquent, je pouvais déclarer de façon sans équivoque qu’elle était saine d’esprit.

 

Sans réfléchir, je mis ma main sur son front. Yuni ne me troublait que rarement. Elle suivait toujours mes instructions. Je n’avais jamais besoin d’utiliser la magie sur son collier ou les autres mesures empêchant la rébellion. De plus, les résultats de son entrainement étaient visibles. Elle avait déjà de loin surpassé mes espérances. Une excellente enfant, où et comment avais-je commis une erreur, comment pouvait-elle répondre ‘un uniforme de maid’ lorsqu’on lui demandait ce qu’elle voulait comme équipement.

 

Toujours étonné, je dis.

 

« … Bon, je m’en occuperai. »

 

J’étais sûr que j’affichais un visage gêné.
Bien que je réponde d’un ton sortant de l’ordinaire, j’étais aussi celui qui avais lancé le sujet. De plus, cette requête semblait importante pour cette enfant qui ne demandait que rarement quelque chose de personnelle. Ce n’était pas comme si je n’arriverais pas à satisfaire ses demandes, c’était une affaire aussi banale que possible. Du moins, je décidai de penser ainsi.

 

Comme je l’attendais, elle répondit par une profonde courbette.

 

« Avoir écouté ma requête impertinente, je suis immensément reconnaissante. … Je jure de me motiver à l’accomplissement des tâches déléguées. »

 

« Oh, ouais. … Fais de ton mieux. »

 

C’était la première fois que je répondais ainsi. Je répondis aussi tout en chassant de mon esprit les pensées divergentes.

 

Un uniforme de maid, huh … Si je taillais un serre tête blanc – celui porté sur la tête – ou encore un apron, en tant qu’équipement, le minimum requis était qu’ils soient assez durables pour résister aux combats et aux aventures. Par-dessus tout, elle portait déjà des habits similaires quotidiennement, ainsi, un tel équipement lui permettrait de dissimuler ses intentions dans la vie de tous les jours. En y repensant, ce n’était pas une si mauvaise suggestion de la part de Yuni.

 

Ne me dites pas qu’elle avait choisi en prenant en compte ce facteur ?
Je dessinai un plan dans l’arrière de mon esprit tout en réfléchissant.


 

 

 

Deux années passèrent.

 

« – Maintenant, le test final. Tuez-vous avec ce que vous tenez. »

 

Immédiatement après mes ordres, les esclaves tenant dans leurs mains le bout de la corde, tirèrent et serrèrent la corde sans aucune hésitation. Bien que la corde était autour de leur propre cou.

 

« Guh, ugh … »

 

Des sons ressemblant à ceux d’une grenouille étranglée à mort par un serpent se firent entendre.

 

Se faire étrangler était agonisant. La respiration se bloquait, et le sang ne circulait plus jusqu’au cerveau jusqu’à la perte de connaissance. Avec quelques minutes de lutte, le bas du corps rigide déchargerait urine et excréments, finalisant leur mort. Parmi les méthodes pour commettre un suicide, je suppose que la pendaison était la plus horrible de toutes. Dans d’autres conditions, certaines personnes luttaient dans la souffrance tout en ayant leur cou suspendu, cassant la corde. Une telle méthode nécessitait l’utilisation de la force de ses propres mains, s’il n’y avait pas une quantité suffisante de détermination, cette méthode ne marcherait pas.

 

Cependant, les esclaves, à qui j’avais ordonné le suicide, n’agitèrent même pas leurs mains, se laissant mourir sous la corde. Parce que j’avais utilisé de la magie de subordination ? Non, faux.

 

« Yuni, est-ce que la magie s’est activée ? »

 

« Non. L’émission de la magie ou de techniques magiques n’a pas été détectée. »

 

« Très bien, il ne devrait pas y avoir de problèmes. »

 

Au moment où je hochai la tête en signe de satisfaction, les sujets d’étude, les esclaves, tremblèrent et s’écroulèrent sur la table d’opération. Puis, une horrible puanteur qui forcerait n’importe qui à pincer leur nez envahit le laboratoire sous-terrain.

 

Ils moururent. Non pas par la coercion de la magie, depuis le début jusqu’à la fin, il n’y avait jamais eu que des instructions verbales.

 

« Confirmation de l’arrêt des signes vitaux des sujets. L’expérience est un succès. »

 

La douce voix de Yuni annonça le grand progrès de mes recherches. J’étais d’humeur à rire à haute voix et à effectuer une petite danse, mais je m’arrêtai. A cause des fluides émis dans les derniers moments sur la table d’opération, bien que ce ne soit pas insupportable, ce n’était pas un environnement dans lequel je voulais inhaler profondément.

 

« … Ça m’a pris longtemps. De pouvoir contrôler complètement une personne à travers le lavage de cerveau. »

 

Oui, c’est cela. Le lavage de cerveau.
Je l’avais déjà mentionné à maintes reprises, mais le collier qui forçaient les esclaves à se soumettre aux ordres était désactivable par la magie. Afin de passer outre cet obstacle, j’avais besoin de restructurer leur cerveau en une obéissance absolue. Ouvrir leur boite crânienne, altérer leur cerveau … Toutes les méthodes utilisées pour restreindre leur volonté n’étaient que chirurgicales. On pouvait aussi le voir d’une autre manière, plutôt que de restreindre leur volonté, c’était plus comme si j’accentuais la zone contrôlant l’obéissance. C’était comparable à l’opération de Yuni, les parties en question avaient été détruites puis regénérées en l’état désiré.

 

Le principal avantage de cette méthode était qu’on ne pouvait pas désactiver le lavage de cerveau par la magie. Le cerveau du sujet après l’opération était sain, la magie de soin ne guérirait pas la personne en question. La seule façon de guérir la personne serait de détruire la partie du cerveau affectée par le lavage, puis de la guérir dans son état original. Pour faire simple, la même opération devait être répétée.

 

Même si quelqu’un essayait de dissiper la magie, ce n’était pas comme si je les contrôlais par magie, une telle méthode serait inefficace. Le seul point faible était le risque qu’une magie de contrôle restructure la priorité d’obéissance du sujet … mais une telle magie de contrôle n’existait pas encore, je n’avais pas à me préoccuper d’un tel cas, je pouvais me dévouer entièrement à mes recherches.

 

Le plus important, c’était que j’avais entre les mains la meilleure mesure pour me prévenir des trahisons, chose que je désirais plus que tout.

 

« Félicitation, Maître. »

 

Yuni baissa la tête respectueusement, me félicitant pour le succès de mon expérience. Pour aucune raison apparente, ses joues rougissaient légèrement. Peut-être, que la joie qu’elle éprouvait surpassait la mienne.

 

« En passant par cette opération, les esclaves de Maitre deviendront idéaux, oui … »
D’une manière ou d’une autre, elle murmura ces mots avec un soupir fébrile. La raison de ce soupir était dans la phrase.

 

La elle d’avant semblait grandement insatisfaite avec la façon dont je délimitais constamment mes actions.
Depuis le jour où j’avais obtenu Yuni, j’avais toujours été sceptique quant à la puissance du collier forçant les esclaves à m’obéir. La magie de Yuni était extraordinaire, et je lui avais donné énormément de drogues issues de mes expériences, consolidant encore ses pouvoirs. C’était aussi la raison pour laquelle jusqu’à aujourd’hui, j’interagissais avec elle tout en gardant dans un coin de mon esprit qu’elle pouvait potentiellement me trahir. Même durant les expériences, les repas, ou la nuit. De temps en temps, je lui donnais des ordres restreignant son champ d’action, et je n’enlevais jamais mes équipements de protection quand je dormais … ce genre de choses était devenu la norme.

 

Depuis son achat, je lui avais enseigné la loyauté, et pourtant tous les jours, je continuais à être sceptique. Si j’étais à sa place, rien qu’un jour serait suffisant pour retourner la table. Jusqu’à ce jour, j’avais acheté beaucoup d’esclaves avec le même motif que Yuni, et mis à part elle, les autres esclaves que je trouvais utile n’avaient pas réussi à supporter le traitement, finissant par mourir. Je les séparais en plusieurs catégories, 20 pourcents d’entre eux s’étaient suicidés, 10 pourcent étaient devenus fous, et les 70 pourcents restant prévoyaient secrètement de se rebeller, alors je les avais personnellement tués. Tous étaient compétents avec la magie d’une façon ou d’une autre, ils étaient tous très chers. Rien ne vaut le gâchis.

 

Et pourtant, elle qui avait enduré tous mes traitements sans broncher, avait récemment commencé à laisser couler des larmes.

 

« S’il vous plait, laissez-moi devenir une esclave accomplie. »
Dit-elle.

 

Je me rappelais de la joie que j’avais éprouvé en entendant ces mots. C’était le moment précis où toutes mes années d’éducation portèrent leur fruit. J’étais sûr que le professeur d’Helen Keller, Sullivan, avait ressenti la même chose que moi quand Helen avait prononcé le mot, « Eau. »

 

  • Anne Mansfield Sullivan (14 avril 1866 – 20 octobre 1936) est une éducatrice connue pour avoir enseigné à lire, à écrire et à parler à une jeune fille sourde, muette et aveugle, Helen Keller.

 

Bien sûr, il y avait la possibilité que ce ne soit qu’une cajolerie pour me faire baisser ma garde, pour l’instant, j’essayai de recentrer mon attention.

 

Pour cette raison, je restai vigilant et stoïque, je dis.

 

« Hmm, ce n’est que le début du succès. Pour effectuer la même opération sur Yuni, j’aurai besoin de plus d’expérience. »

 

« … Oui, je comprends, Maître. »

 

Yuni baissa les sourcils. Je n’étais pas sûr si c’était parce qu’elle avait toujours été inexpressive et que je n’étais pas habitué à la voir afficher une telle expression, mais je pouvais clairement voir la déception sur son visage. Que ce soit encore une ruse pour tromper les apparences, était aussi dans le domaine du possible, néanmoins.

 

« Si c’est le cas, j’ai une suggestion. »

 

« Hm ? Quelle est-elle ? »

 

« Pour la prochaine fois, avant d’effectuer l’opération finale, puis-je demander à mettre une couche pour adulte aux sujets ? »

 

Dit-elle en sortant son mouchoir.

 

« Ah. »

 

Involontairement, ma bouche s’ouvrit – la puanteur environnante me rendait malade. Je m’étais habitué à un certain degré de puanteur après toutes mes opérations humaines, mais ce n’était pas comme si j’avais réussi à éliminer le déconfort.

 

En laissant ce sujet de côté, il était vrai qu’à chaque fois que j’effectuais une expérience, le laboratoire se faisait contaminer, je te demande pardon. Si l’odeur résultant des expériences m’était difficile à supporter, alors pour Yuni, qui devait s’occuper du nettoyage, c’était surement un calvaire.

 

« Bon sang de bon dieu ! Comment n’ai-je pas réalisé une telle chose ?! »

 

Rempli de regret et de dégoût de soi, j’attrapai ma tête entre les mains. Puisque la table d’opération avait été désignée pour des cas où le corps cessait de fonctionner, ils y avaient toujours des couches en réserve. Penser que j’oublierais leur existence !

 

Une telle erreur misérable contrebalança ma joie suite au succès de l’expérience.

 

« … Je viens aussi de le réaliser. »

 

Dit Yuni, dans une tentative de me consoler.

 

Sérieusement, j’avais déjà des années d’expérimentation sous la ceinture, et pourtant je n’avais pas réussi à remarquer une chose aussi simple.
Bon, c’était aussi une bonne opportunité pour fixer mon humeur détendue.

 

« La lumière suit souvent l’ombre huh … nous sommes arrivés à un tel stade après bien des sacrifices. Après le nettoyage, pensons à d’autres problèmes potentiels. »

 

« Je comprends. »

 

Après avoir fini l’épouvantable nettoyage que nous rechignions tous deux à faire, nous réexaminâmes les problèmes concernant les expériences.

 

Pas d’autres problèmes trouvés.


 

 

 

Un mois s’écoula.

 

« Ne t’a-approche pas … ne t’approche pas ! Je ferai tout mais s’il te plait, ne t’approche pas de moi ! S-sors d’ici ! »

 

« Haah… J’ai compris, sortir sera suffisant, hein ? »

 

Dans une tentative désespérée de calmer les cris derrières moi, je sortis de la chambre. Même après la fermeture de la porte, je pus entendre des cris incessants de l’intérieur.

 

Père agissait toujours ainsi ces derniers temps. Chaque fois qu’il me voyait, il criait d’une étrange voix. On dirait qu’il a finalement perdu la raison. Malgré sa maladie, il ne me laisserait jamais l’examiner.

 

Cloîtré dans sa chambre, personne ne pouvait le voir sauf s’il le visitait personnellement. Je me demandai s’il s’agissait vraiment d’une bénédiction. S’il criait ainsi à table, ce serait embarrassant.

 

« Pitoyable. »
La voix émanait de mon frère, Lynes Strein Oubeniel. Il semblerait qu’il regardait depuis l’extérieur de la chambre.

 

Etant entré dans l’âge adulte, sa masculinité surfaçait d’autant plus, l’image parfaite d’un jeune noble au visage clair sorti d’un livre. La seule chose dérangeante était la crispation sur son visage, créant une aura inapprochable, tel un cheveu dans la soupe.

 

  • Un cheveu dans la soupe : Une expression qui désigne une légère irritation qui gâche le succès.

 

« Oui, vraiment. Il devrait au moins se calmer, je suis sûr qu’il pourra au moins recevoir la bénédiction de l’Eglise. »

 

Je me lamentais sur la condition de père, mais mon frère rit de façon méprisante.

 

« Je me référais à toi. »

 

« Hein, moi ? Pourquoi ? »

 

Je clignai des yeux à ces paroles inattendues, il soupira en retour en étalant sa beauté. Que diable cherchait-il à faire ?

 

« Tu ne comprends pas ? A part tes misérables recherches qui souillent notre statut familial, tu ne possèdes même plus la grâce de père. Qu’est-ce si ce n’est pas pitoyable ? »

 

Il semblerait qu’il soit sarcastique. Depuis le début, nous n’avions jamais été proches mais depuis quelques années, chaque fois que je le voyais, il me regardait ainsi. Chaque fois qu’il voyait un visage humain, il réagissait comme s’il avait vu un cafard, et père réagissait de la même façon. Ces derniers temps, je ne pouvais distinguer que la haine quand mon frère me regardait.

 

« Oui, je vois. Ton point de vue se tient. »

 

Il n’y avait aucun mérité à entrer dans ce conflit, je hochai la tête calmement.

 

Maintenant qu’il l’avait mentionné, c’était tragique. Moi, qui avais toujours été dorloté par père depuis mon enfance, étais devenu une cible d’animosité. C’était certainement un désastre pour un enfant de perdre l’amour de ses parents.

 

En tout cas, père n’appréciait guère la constante mort des esclaves sur la table d’opération.

 

Le pourquoi du comment était bizarre. Dans ce pays, personne ne se soucierait de la mort de combien d’esclaves, s’ils vous appartenaient. Dans le but de mes recherches, je m’étais même renseigné sur les lois pour m’assurer que je les respecte. De plus, que ce soit mon père ou mon frère, il avait tué plus d’une fois des esclaves qu’ils trouvaient indésirables. Alors, pourquoi étais-je le seul à me faire réprimander ? Je n’arrivais pas à comprendre. Sans aucun doute, je les ‘consommais’ à un rythme un poil trop rapide, mais était-ce quelque chose de réprimandable ?

 

Bon, je ne pouvais pas me soucier moins de la pensée de père. Tant qu’il ne me causait pas de démérites, je ne pouvais pas me ficher plus de son amour ou de sa haine. Non seulement mes capitaux de recherches étaient couverts par la vente de potions, mais en tant qu’aventurière, Yuni me rapportait déjà bien assez. Je n’avais besoin d’aucune allocation.

 

Le problème c’était que depuis la perte de son esprit, il m’avait aussi exclu de son héritage, mais même si j’avais effectué des actions réprimandables – un crime pas encore exposé – je n’étais pas considéré impoli en termes d’étiquette social. En fait, je n’avais jamais pris part à la vie sociale. Pourtant, père considère mes recherches comme un crime.

 

Peut-être non intéressé par ma réponse, mon frère fronça les sourcils et raidit ses joues.

 

« ……Hmpf. C’est impossible pour toi de comprendre. »

 

« Peut-être. Est-ce tout ce que tu as à me dire ? Si c’est le cas, je demande à être excusé. »

 

Je me retournai à ces mots. Honnêtement, avoir une conversation avec mon frère était épuisant. Chaque fois qu’on se croisait, tout ce qu’il m’offrait était des sarcasmes ou des ordres pour que j’arrête mes recherches. Mais je mourrais un jour si mes recherches d’immortalité ne s’accomplissaient pas. Est-ce que cette personne ne voit aucun problème dans ma mort ?

 

Il n’y avait aucun intérêt à continuer une conversation sans fin. Ce que je détestais le plus après la mort, c’était l’inutilité.

 

Alors que je m’apprêtais à rentrer dans le laboratoire.

 

« En parlant de tes recherches, Talese – »

 

Obstinément, mon frère m’appela de nouveau.

 

« Où est cet esclave ? Je ne l’ai pas vu depuis un certain temps. »

 

La personne à qui il faisait référence était surement Yuni. Tous les esclaves existaient pour la table d’opération. Généralement, ils mouraient suite aux effets de l’expérience, ou je les tuais pour éviter qu’ils ne parlent trop. C’était pourquoi, quand il parlait de ‘cet esclave’, il parlait de la survivante, elle.

 

« Quoi, mon grand frère. Tu es intéressé par Yuni ? Même si tu la désires, je ne te la donnerai pas. »

 

Même en supposant que le roi de ce pays me donnait l’ordre de la lui donner, je lui refuserais. Elle m’avait coûté une quantité astronomique de temps et d’argent, je l’avais finalement amené à un niveau satisfaisant. Je n’avais aucune intention de la donner à un groupe de personne qui ne connaissaient même pas la lettre ‘A’ dans ‘Alchimie.’ Surtout pour cette personne que je connaissais si bien.

 

Tournant ma tête par-delà les épaules pour le regarder, mon frère grimaça d’une manière extrêmement vexant.

 

« Un esclave du même genre, pervertie par la puanteur des intestins, je m’en passerai. J’étais simplement curieux. »

 

Quelle grossièreté. Nous faisions toujours attention à notre hygiène. Pour moi et pour elle, nous n’étions pas des imbéciles incapables de nous nettoyer et d’enlever cette puanteur. Non seulement nous prenions souvent des douches, nous changions aussi souvent de vêtements. En termes de maintien de la propreté des esclaves, j’ose dire que nous étions les meilleurs de la capitale – non, du monde entier.

 

Comme on le savait tous, les bactéries étaient la source principale de maladies. Que ce soit pour la stérilisation ou la désinfection, j’étais obsédé par le façon de traiter les corps. Je reconnais que l’odeur du désinfectant pouvait être fort, mais de là à la décrire de puanteur des intestins, c’était hors de question.

 

Mon frère afficha une expression satisfaite à la vue de mon regard renfrogné.

 

« – Je pensais, possiblement, que tu as finalement sacrifié cette fille pour tes expériences. »

 

Et maintenant, il se mettait à être encore plus sarcastique. Le dire serait méchant, mais je ne pus contenir mon rire à ses propos. Utiliser Yuni pour mes expériences ? Depuis le jour de son achat, je l’avais toujours utilisée. Et même maintenant, je le faisais.

 

« J’étais sur le point d’aller la voie … Alors, mes excuses. »

Mettant fin à cette conversation stérile et contre-productive, je me dépêchai au sous-sol.
Bon sang, le jour tant attendu et une telle chose se produit. Et dire que c’était le jour où elle finissait le premier niveau.

 

Enfin, quoi qu’il en soit. Les railleries de ces personnes qui ne savent pas différencier la musique du bruit. Plutôt que me préoccuper d’eux, je devrais accélérer les procédures.

 

Parce qu’une fois finie, j’aurais finalement posé mon premier pion sur l’échiquier.

 

 

 

Allongée sur la table d’opération du sous-sol, elle dormait.
L’anesthésie faisait effet. L’opération était bientôt terminée. Le cisaillement sur sa boite crânienne était déjà guéri et ses cheveux étaient plus magnifique que jamais.

 

« …Tu as bien travaillé, Yuni. »

 

Murmurai-je tout en caressant ses cheveux inconsciemment.
Une vague d’émotions et de pensées pesèrent sur ma poitrine. En six courtes années, elle était devenue ma fière esclave, elle avait surpassé toutes mes espérances, reçu tous mes entrainements et continué à empiler les trophées. Le jour de son accomplissement était finalement arrivé. Il n’y avait pas moyen que je ne ressente rien après tout cela.

 

Elle, qui avait les yeux fermés et qui semblait dans un sommeil paisible, semblait aussi magnifique qu’une princesse dans un conte de fée. C’était mon ressenti.

 

Elle avait de longs cils qui décoraient ses paupières fermées et un nez droit de bonne forme. Malgré la décoloration de ses lèvres suite à la perte de sang et de l’anesthésie, ses lèvres semblaient se glorifier d’avoir une élégance qui donnait l’impression d’être des pétales.

 

Un grand sculpteur s’imaginait la forme finale de son œuvre avant même de l’avoir commencée, mais dans ce cas, je n’étais surement pas fait pour être sculpteur. C’était parce que six ans auparavant, jamais je n’aurais imaginé qu’elle se transformerait d’un corps brisé et d’une âme démolie, abandonnée sur un marché aux esclaves, en une telle beauté aujourd’hui. Après ma guérison je m’étais déjà étonné de la différence entre la elle d’avant et la elle d’après. Mais elle, qui avait maintenant grandi dans de bonnes conditions, était maintenant plus brillante que jamais. J’étais sûr, qu’une fois adulte, elle deviendrait encore plus jolie.

 

Et je savais que derrière ce masque de beauté se reposait une beauté fonctionnelle encore plus profonde. Je connaissais la force et le tranchant de son épée maniée par ces fins bras. La vitesse et l’élasticité de ses jambes quand elles couraient sur le sol. Les compétences pour se dissimuler et discerner la présence d’un ennemi. Les nombreux et nombreux savoirs et connaissances. L’étendue de son pouvoir magique, qui était la raison de mon choix sur elle, était telle que même endormie, le pouvoir magique qui fuitait de son corps m’opprimait.

 

Par-delà tout, le fait que tout ceci existait pour moi et seulement pour moi était sensationnel.

 

Par cette opération, Yuni perdit totalement le moyen de me désobéir. Cette portion qui portait une telle intention s’était complètement évaporée de son cœur. Littéralement, mot pour mot, tout ce qu’elle avait m’appartenait maintenant.

 

« Fufufu ….. »

 

Réflexivement, mes joues se relâchèrent. C’était le sentiment de tenir dans sa main tous les trésors du monde.

 

Pour mes recherches d’immortalité, le premier pas était d’obtenir le soutien de ceux qui ne me trahiraient jamais et pourtant, rien que ce premier pas était suffisant pour me hisser au septième ciel. Quand le temps viendra, quand je réaliserai mon rêve, je me demande quel degré d’euphorie je savourerai ?

 

Ahh, je me demandai si cette enfant allait bientôt se réveiller. Il y avait tant de choses que je voulais lui demander. Je voulais parler de mes prochaines recherches et des prochaines expériences avec Yuni aussitôt que possible.

 

Je réprimai mes émotions divergentes. Annuler l’anesthésie et la réveiller de force était un tour facile. Mais, la regarder dormir calmement, créait en moi une émotion déferlante qui me donnait envie, dans la mesure du possible, de la laisser de réveiller de la façon la plus naturelle et la plus confortable possible. C’était parce que je l’avais exploitée jusqu’ici, et je l’exploiterais à partir de maintenant, je voulais donc me montrer le plus gentil possible.

 

Alors que je pensais ainsi.

 

« Mnn…… »

 

Les paupières de Yuni frissonnèrent, et s’ouvrirent légèrement.
Son réveil se fit bien plus tôt que prévu. Etait-ce à cause de sa résistance à l’anesthésie ?

 

Les yeux verts jusqu’alors sans expression se concentrèrent, regagnant une lueur d’émeraude.

 

Ouroboros Picture - Tome 01 - 03

 

Un réveil clair et frais qui me rappela l’éclosion des belles-de-jour. Je la saluai sous l’impulsion.

 

« Bonjour, Yuni. »

 

« …… Bonjour, Maitre. »

 

— Et quatre années passèrent.

 

 

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10 réflexions sur “Ouroboros Record – Chapitre 02

    • J’essaierai de sortir le chapitre 3 le plus tôt possible. Mais bon, chaque chapitre fait entre 7000 et 12 000 mots, c’est difficile de sortir les chapitres à un rythme régulier.

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