Ouroboros Record Chapitre 03 – Les aventures du Serpent (Partie I)

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  1. A la taverne, dans la capitale Brosenul – Témoignage d’un ancien serviteur de la Famille du Comte Oubeniel.

 

La Haute Cour de Justice a vraiment du temps à perdre. Comme vous le voyez, je ne suis qu’un autre ivrogne. Chaque homme possède un côté laid, comme moi et ma note de taverne. Gahahahah.

 

Ouais, comme vous le dites. Je ressemble à rien maintenant, mais par le passé, je possédais le titre de Chevalier de Première Génération. J’étais inarrêtable, disaient-ils. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on m’a retiré ce titre, j’étais inarrêtable à une certaine bagarre à la taverne … résultat je suis redevenu un roturier bon à rien.

 

Alors, hum, quelle question voulez-vous me poser ? Vous m’invitez ce soir, hein ? En échange, je répondrai à toutes vos questions.

 

……Oubeniel ? Vous enquêtez sur l’affaire de succession de la Famille Oubeniel ?

……

 

Ah, ahahahah !

 

Je suis à court de mots, vous devez blaguer. Tout se passe pour le mieux du monde, l’aîné a hérité de la position de tête de famille sans soucis. Si vous enquêtez sur cette affaire, vous perdez votre temps, uh huh.

 

Ou alors quoi ? Il s’agit d’une querelle entre les gros légumes de l’état ? Une querelle entre différentes factions royales ? Si c’est le cas, je plains le jeune maitre. Être suspecté alors qu’il est innocent, sera-t-il en maison d’arrêt jusqu’à la fin de la cérémonie d’héritage ?

 

Oh, oui. En effet, j’ai travaillé pour leur famille. J’ai été récompensé pour les longues années de service, décoré en chevalier et honoré, le tout grâce au maitre – le précédent dirigeant de la famille, qui est mort il n’y a pas longtemps. Boarf, au final, il a couru à sa propre perte, et la personne qui a mordu la main qui l’a nourri n’est d’autre que moi.

 

Ceci étant. Je possède une dette envers la famille. C’est pourquoi, même si vous me tranchez la gorge, je ne dirai aucun mensonge qui puisse compromettre la famille.

 

Eh ? Je me trompe ? Ce n’est pas une querelle entre aristocrates ? Il s’agit d’un intérêt personnel ?

 

……Monsieur, je ne dirai rien de trop vilain. Créer une fumée sans feu ne m’apportera pas une pièce de cuivre. Dans ce monde, ouais, tout le monde sait qu’il n’y a aucun intérêt à nager contre le courant. Je n’ai pas l’intention d’être une source d’ennui. Voilà où je trace le trait.

 

Alors, de quoi êtes-vous curieux ? J’ai déjà bu de l’alcool, er, ou plutôt, le bateau a déjà pris la voile. J’écouterai vos questions plutôt que d’écouter les rumeurs circulant dans la taverne pour cette fois.
Vous me dites que l’affaire d’héritage de la famille s’est conclue trop sereinement ? Pourquoi, au lieu de se battre pour l’héritage, de son côté, le second fils s’est retiré de la course aussi facilement ?

 

……Quoi, c’est tout ?

 

Le manoir dans lequel j’étais à l’époque, combien j’en sais sur le second fils et le jeune maitre ?

 

Uh-huh ? C’était un enfant prodige qui étudiait l’alchimie de lui-même depuis son plus jeune âge, un gosse perspicace qui vendait des potions qu’il concoctait lui-même et on l’avait aussi invité à l’académie de magie d’un pays voisin. Rien qu’en entendant cette phrase, les autres diront qu’il est plus digne de succéder à la famille plutôt que le médiocre grand frère. Ahahahah !

 

Bon, soit. Regardons le sous une autre perspective. Ce gosse, jusqu’où irait-il s’il héritait de la Famille du Comte, me diriez-vous.

 

Je n’ai pas envie de calomnier le fils de l’ancien maitre, mais un alchimiste n’est, après tout, qu’un vulgaire escroc. En partant de prescriptions douteuses qui ne peuvent être différenciées des poisons ou la légende de transmuter du plomb en de l’or, ou encore, le dernier mais le moindre, l’immortalité ! Il y a une limite à la bêtise. Il n’existe pas de parent prêt à laisser un tel gosse succéder à la famille. De ce que j’ai entendu, le maitre a catégoriquement refusé de boire le médicament préparé par son fils, même sur son lit de mort. C’est pour dire !

 

Même vendre des potions à la ville n’est pas acceptable. N’est-ce pas vrai ? Pour les dirigeants, leur travail n’est pas de vendre. Leur travail devrait être d’embaucher d’autres personnes pour vendre à leur place. Ils ne devraient pas porter les mêmes chaussures que tous les autres.

 

Pour commencer, il n’a été scolarisé à la célèbre Académie qu’un an avant de se faire expulser. De quoi était-il coupable … ?

 

Oui, je n’ai aucune idée de ce qui s’est passé. Je suis sûr que vous n’avez qu’à renifler un peu avant de parvenir à la source.

 

Vous devez comprendre maintenant ? Depuis le début, il n’était pas un candidat convenable pour hériter de la Famille du Comte. Ce n’était pas un gosse capable de porter la famille entière sur ses épaules. Même sans personne pour le spectacle, la famille ne s’écroulerait pas et ne se disperserait pas. Voici la façon dont l’aîné est devenu le nouveau chef avec peu de résistance.

 

Est-ce assez ? Vous comprenez ? Que le jeune maitre ne soit pas devenu le nouveau dirigeant est quelque chose qu’il a décidé de lui-même. Il n’y a même pas l’ombre de ce « complot » qu’on pourrait voir dans un opéra.

 

…..Ouais. Si ce gamin sinistre avait succédé à la Famille Oubeniel, il n’aurait pas été étrange que la Famille entière tombe en ruine.
……Tout était sur le point de s’achever.
…..La situation actuelle est bonne comme elle est.

 

Huh ? Quess vous m’dites ?
Vous me demandez comment je me sens par rapport au jeune maitre ?
Heh, hehehe…..
Vous allez entendre des histoires déplaisantes, monsieur.

 

Ah, c’est vrai….. Il semble que les dépenses en alcool ce soir s’investissent dans cette conversation malaisante, c’est ce qu’ils doivent appeler une confession. Tout garder dans son cœur est, d’une manière … tout garder pour soi n’est pas bon. Tout révéler peut se révéler amusant, ouaip.

 

J’avais peur. Non, faux. Même maintenant, j’ai peur.

 

Vous me demandez s’il était violent ? Faux, vous vous trompez. S’il y avait bien une chose de vrai, c’est qu’il n’était pas violent …

 

C’est le contraire. C’était un gamin très calme. Je ne l’ai jamais vu lever la main contre un servant. Même dans l’égoïsme, je ne me rappelle pas l’avoir entendu parjurer. Bon, sauf peut-être lorsqu’il y avait un rapport avec son passe-temps d’alchimie. Je me rappelle qu’il demandait souvent de l’avance sur son argent de poche, mais si l’ancien dirigeant le lui refusait fermement, il battrait en retraite docilement. Oui, il avait commencé à vendre des potions en partie parce qu’il avait besoin d’une source de revenu autre que son argent de poche.

 

V’savez, réflexion faite, n’est-ce pas dérangeant ? Les enfants des aristocrates, peu importe leur discipline et leur lignée, ne peuvent, la plupart du temps, pas s’empêcher d’avoir quelques requêtes égoïstes ou de déclarer leur mécontentement. Mais lui au contraire, j’avais l’impression qu’il avait une sorte d’ambition. Je veux dire, presque comme s’il s’agissait d’un adulte dans le corps d’un gamin, il était trop obéissant. La seule requête égoïste qu’il n’ait jamais faite était qu’il voulait à tout prix continuer ses recherches en alchimie. C’était la seule chose sur laquelle il insistait. Plus que tout, rien que l’alchimie……

 

Quoi ? Vous pensez que ce n’est qu’un enfant comme les autres après tout ?

 

Oui, voyons voir…… Si on ne m’avait raconté que ça, je serais arrivé la même conclusion que vous.

 

Mais, si vous saviez ce qu’il se passait…… Ouais, en y repensant, je sens que son comportement quotidien était incroyablement sinistre.

 

Au début, ce n’était qu’un sentiment…… A l’époque quand le jeune maître acheta son premier esclave. Oui, oui, comme vous le savez, il était brillant depuis son plus jeune âge, mais il ne prenait jamais l’attitude de quelqu’un au-dessus des autres. Oui, comme l’ancien dirigeant de la famille l’avait si bien dit, c’était une chance. Si je me rappelle bien, c’était quand ce gamin – pardonnez-moi, quand le jeune maitre avait autour de huit ans. Ce n’était qu’un enfant, et si on lui enseignait correctement, il se détournerait de ces vulgaires recherches en alchimie – c’était sûrement ce qu’il pensait. A l’époque, celui qui était son vassal et son garde-du-corps, c’était moi.

 

Même s’il s’agissait d’un aristocrate achetant un esclave, il restait un enfant. Il ne se verrait jamais confié une grande somme d’argent. Ainsi, il sélectionna les esclaves dans l’ordre des prix, dans l’ordre croissant.

 

……L’esclave choisie par le jeune maitre était dans une condition extrêmement sévère. De derrière, je savais que ce n’était qu’une toute petite gamine. Le vendeur devait être un type détestable. Son visage était battu et gonflé, elle était à moitié consciente et sur le point de mourir. Un état misérable. Ce que je voulais dire par « de derrière » était que, tant que ses blessures n’étaient pas guéries, je n’arrivais pas à savoir s’il s’agissait d’une fille ou d’un homme. En toute vraisemblance, ses parents avaient dû attiser la colère de quelqu’un, on l’avait sûrement tourmentée. Mais malgré tout, elle avait réussi à survivre, et au lieu de la tuer et de l’enterrer, on l’avait vendu au marché aux esclaves. Oui, elle n’était pas présentable. Après tout, ce n’était qu’un gosse et une fille par-dessus tout. La vendre sous ces conditions, son esprit avait dû se briser, ouais ? Même si on la guérissait, elle garderait surement des cicatrices tragiques, surtout qu’il était discutable si elle avait la volonté de vivre après le traitement. Voilà sa condition.

 

Oui, il acheta cette esclave. Il réfléchit un moment, mais finit par arriver à une décision. En tous les cas, il semblait qu’elle possédait des pouvoirs magiques. Et par-dessus tout, sa qualité était tout particulièrement bonne pour un marché aux esclaves aussi douteux. Ils ne pensaient pas qu’un aristocrate la remarquerait et l’achèterait. Je fus celui qui paniquai. Si je le laissais acheter un esclave dans un état aussi désolé, en tant que vassal du jeune maitre, je me demandais ce que le dirigeant de la famille me dirait.

 

En plein dans le mile, à notre retour, il fut pris d’un excès de rage. Quelle est cette chose démoniaque, jette-la ! Non, tue-la maintenant ! C’était la situation. C’était triste pour elle, mais n’était-elle pas une esclave mourante ? Le jeune maitre n’essaya même pas me couvrir et aussitôt qu’il rentra, il évita tout le monde. Il semblait vouloir s’occuper d’elle jusqu’à sa mort, il l’amena dans le sous-sol précipitamment. Et alors, il s’isola avec elle. Son père ne put rien y changer, il le laissa faire à sa guise.

 

Depuis ce jour, une semaine s’écoula. Le jeune maitre révéla finalement son visage du sous-sol. Oh, et sinon, cette esclave avait surement dû mourir, pensai-je.

 

……Une fille que je n’avais jamais vue se tenait à ses côtés. Elle paraissait avoir autour de six ans. Elle possédait une peau claire et de gros yeux. Elle deviendrait surement une beauté sans pareil en grandissant. Mais elle était couverte de bandages et son visage ressemblait étrangement à celui d’une poupée.

 

Oui, elle était l’esclave achetée l’autre jour. Cette esclave à moitié morte, plus morte que vivante, et qui devrait avoir un visage détruit. Vous ne me croirez peut-être pas, mais elle semblait avoir totalement guéri. Un enfant, d’à peine huit ans, avait accompli l’impossible avec son alchimie.

 

Même moi, j’avais des difficultés à croire mes yeux. La magie de soin n’est, allez, pas quelque chose de si miraculeux, si ?

 

Parmi mes connaissances, un chevalier avait démissionné suite à une fracture l’empêchant de marcher correctement. De mon point de vue, le visage de la fille avait été intentionnellement ‘sculpté’ ainsi. Contre toute attente, elle fut guérie sans une cicatrice ou imperfection. Plutôt que d’être admiratif, ne sentez-vous pas des frissons vous parcourir le corps ? Peu importe son intelligence, une telle prouesse était au-delà des capacités d’un enfant. Je ne peux même pas m’imaginer comment il sera plus tard.

 

Après sa guérison, s’il l’avait traitée correctement, je l’aurais peut-être vu sous une différente lumière. Il en attendait beaucoup d’elle.

 

Qu’est-ce qui ne va pas ? Ce n’est pas particulièrement dérangeant s’il la traite de façon un peu brusque ?  Ah, si le traitement était ordinaire, je n’aurais même pas bougé d’un cil mais la manière dont il la traitait était d’une nature différente. Voilà, voilà, écoutez-moi.

 

D’abord, le matin, il empruntait des servantes, et sous leur tutelle, elle assimilait l’étiquette dans son cerveau. C’était compréhensible. Depuis le début, elle n’était qu’une esclave achetée dans l’unique but de le laisser dresser des vassaux. C’était inévitable.

 

Mais, l’après-midi – voilà la partie que je ne comprends pas. Il l’amenait hors du manoir jusqu’aux plaines aux périphéries de la ville…… et il la faisait courir sans arrêt. Une course ? Non, pas ça. Le jeune maitre la regardait simplement en silence tout le temps. Au début, elle n’arrivait qu’à courir 30 minutes, puis elle s’y habitua. Elle courut de plus en plus jusqu’au coucher du soleil. Je n’arrivais pas à comprendre.

 

Quand la nuit tombait, elle l’aidait pour ses expériences d’alchimie. Le jeune maitre vendait des potions aux marchands, hein ? Elle l’aidait. Et à part ces tâches, elle aidait aussi dans d’autres domaines.

 

La fille en soi était très obéissante. Si je devais comparer, je dirais qu’elle travaillait aussi durement que ces gosses de fermiers.

 

Puis, elle s’habitua à ce rythme de vie. Cette fois, elle commençait à s’entrainer au maniement des armes. Pas le jeune maitre, mais la fille. Ce fut à ce moment-là que je compris. La faire courir dans ces plaines, c’était dans cet unique but. C’était pour construire ses fondations. Quand il l’avait achetée, elle était trop faible, elle devait commencer par endurcir sa condition physique. Une fois les fondations établies…… Il la força, une fille plus jeune que lui parmi tous les choix possibles, à manier l’épée. J’étais sous le choc, je ne pouvais rien dire.

 

Oui, je l’acceptai. Il s’agissait d’une requête du fils du chef après tout. Je n’étais pas très enthousiaste, mais l’esclave me supplia sérieusement de lui enseigner l’art de l’épée. Une fois, j’avais essayé de lui demander. Pourquoi était-elle si dévouée ?

 

Et alors la fille me répondit sèchement. Afin de protéger son Maitre, me dit-elle sans aucune hésitation. Peu importe l’importance de l’influence de la magie d’obéissance, sa servilité était louable.

 

Quand elle devint relativement bonne au maniement de l’épée, ce fut au tour de la magie. Je dus, d’une manière ou d’une autre, trouver des aventuriers et les embaucher en tant que professeurs. L’argent venait de la vente des potions. Après tout, la raison du choix du jeune maitre était pour sa magie. Comparé à son entrainement à l’épée, je comprenais parfaitement son choix. Mais pourquoi aller aussi loin pour une esclave ?

 

En premier lieu, s’il embauchait des professeurs, n’était-ce pas plus judicieux d’apprendre soi-même la magie ? Plutôt qu’une profession louche, le travail de magicien était bien plus prestigieux. Ils y avaient même certains cas où les magiciens devenaient des nobles.

 

Et que s’est-il passé après, vous dites ? Eh bien, elle devint vite assez douée pour être considérée comme une aventurière qualifiée. Elle allait chercher les ingrédients sur les ordres du jeune maitre et acceptait des quêtes pour gagner de l’argent. L’histoire est misérable, pas vrai ? Même pour une blague, le fils d’une Famille de Comte ne devrait pas élever des esclaves dans ce but. Au lieu de faire d’une esclave une apprentie aventurière, n’était-ce pas plus simple de faire une requête à la guilde des aventuriers ? Et puis, c’était parce qu’aller chercher soi-même les ingrédients était trop pénible que la guilde avait été fondée. Le jeune maitre confondait l’essentiel avec le détail.

 

Quoi ? Ce n’est pas grave ? Vous ne voyez pas de problème avec sa façon excentrique d’utiliser les esclaves ?

 

……C’est vrai. Mais ce n’est que la face visible de l’iceberg. A partir de maintenant, nous rentrons dans le vif du sujet.

 

S’il vous plait, ne me pressez pas, monsieur. Je ne fanfaronne absolument pas. Je voulais juste garder le meilleur pour la fin, gah.

 

Ce gamin – le jeune maitre, acheta alors un autre esclave, pas si longtemps après l’achat du premier. A cette époque, les potions se vendaient très bien. Même sans l’aide du chef de famille, cette fois, il l’acheta de ses propres moyens.

 

Néanmoins, cet esclave mourut. Et ce, même si le premier acheté, était encore vivant et en bonne santé, malgré sa condition initiale. Je crois que l’esclave ne dura même pas 6 mois. Et avant la mort du second esclave, il acheta son troisième. Je n’y fis pas particulièrement attention, ouais. La quatrième personne…… était-ce la quatrième ? Je ne sais pas trop…… Un jour la première fille esclave qu’il avait acheté porta le corps d’un esclave que je n’avais jamais vu hors d’un chariot pour s’en débarrasser. Et en dehors de cette fille directement sous les ordres de ce gamin – le jeune maitre, d’autres esclaves inconnus emmenaient d’autres corps inconnus pour s’en débarrasser.

 


Oui, ce gamin tuait ces esclaves.

 

Ahahah…… Vous semblez perplexe huh ? Perplexe quant à pourquoi il n’avait aucun scrupule à tuer des esclaves malgré qu’il n’ait jamais levé la main sur des servantes ou qu’il n’ait jamais fait de caprice auprès de sa famille.

 

Ah, non. Je ne le critique pas. Certainement, je vous l’accorde. Ces esclaves ne possèdent pas de droit civil. Ce sont des objets. Ce sont les lois de ce pays. Pareil pour Saint-Gall ou Malbaie. Ce ne sont que des objets, les détruire – ou même les tuer, n’est même pas considéré comme un crime. Ils sont à la merci du propriétaire. Tout dépend de leur humeur, ouais.

 

Ma façon de parler est ambigüe, vraiment. Plutôt que de les tuer, il s’agissait de torture. Sans se soucier de leurs cris ou de leurs larmes, il les laissait mourir.

 

Non, faux. Qu’est-ce qui vous fait dire qu’il est sadique ?
Il était autre, je crois. De par mes longues années d’expérience à travailler dans cette famille et d’après les rumeurs récoltées auprès des autres familles, j’ai appris pas mal de choses. Ce n’était pas qu’une ou deux fois que j’entendais les maitres d’une quelconque famille avoir de mauvaises habitudes, comme tordre le cou des femmes quand il le voulait, ou des maitres qui prenaient plaisir à fouetter des maitresses nées dans des classes sociales inférieures.

 

Oui, oui. Beaucoup de personnes possèdent des passe-temps particuliers dans ce monde. Parmi eux, certains prennent plaisir dans le meurtre, ou la nécrophilie, n’est-ce pas ? Ne direz-vous pas qu’il est inoffensif s’il ne fait que tuer des esclaves au lieu de torturer des citoyens avec des droits ou, pour ainsi dire, d’autres aristocrates ?

 

Ce gosse est…… ce monstre n’est pas aussi simple.
Calmement ! Il le faisait calmement ! Peu importe-s’il criaient, pleuraient, gémissaient, mouraient ! Il ne pleurait pas, il ne piquait pas de crise, il ne riait pas, il ne se réjouissait pas ! Ses yeux de serpent suivaient les esclaves dans leur lutte et leur mort.

 

Aaah, non, faux. J’avais faux. Totalement faux ! Ses réactions étaient celles de l’indifférence. Cependant…… oui, il disait que ces sacrifices faisaient partis de ses expériences. Oui, en effet. Les expériences en alchimie, disait-il. Il leur donnait de la drogue, leur faisait des piqures, coupait leur crâne ou leur estomac pendant qu’ils étaient encore vivant, il les disséquait quand ils mouraient…… incroyable. Le tout dans le plus grand des calmes, malgré qu’il ne soit qu’un gamin !

 

Quand ils grimaçaient dans la douleur et mouraient selon ses desseins, il ricanait ! Oui, tout se passe pour le mieux du monde, disait-il ! L’expérience est un succès ! Quand l’expérience ne fonctionnait pas comme prévu et que l’esclave mourait, il claquait de la langue ! Mon dieu, quel était cet outrage ?! Que pensait-il de la valeur de la vie ? Ses agissements…… on dirait un démon !

 

Oui, vraiment. Au final, le chef de la famille n’en put plus et l’amena à l’Eglise, proclamant que son fils était possédé par un démon…… Cependant, le prêtre le diagnostiqua sain ! Comment est-ce possible, une telle connerie ?! Si ce n’était pas l’œuvre du démon, que pouvait-il être ?

 

Oui, c’est vrai. C’était uniquement de sa faute si le maitre était au bout du rouleau. Au début il l’ignorait avec un sentiment de dégoût. Il était aristocrate aussi. Mais v’savez ?! Il le faisait tous les jours, sur d’innombrables personnes ! Combien d’esclaves avait tués ce gosse dans le manoir ?!

 

En pleine nuit, il y avait un feu à ciel ouvert dans le jardin ! Je savais ce qu’il en était, il s’agissait de la crémation ! Des esclaves, aussi pâles que des draps, transportaient des esclaves morts sur un chariot, et les balançaient dans le feu ! Le tout, dans la crainte d’être le prochain ! Argh, merde ! Je me souviens ! L’odeur de la chair calcinée avec des médicaments – même aujourd’hui ! Même aujourd’hui !

 

Ugh ?!
Oup…… ough……
Ugehhhhhhhh !!
………

 

Oops, je me suis laissé emporter. Eheh, eheheheh……
Mais v’savez, je ne mens pas ?
Vraiment, ce monstre est anormal.

 

Tout a commencé à ses huit ans, hein ? Un garçon normal reniflerait encore sa morve, mais il … va à l’encontre de la providence. Je ne blague pas.

 

Oui, voilà. Voici le moment où j’ai commencé à boire et à me laisser tenter par la liqueur. Il faisait l’effort de mettre au silence les esclaves autant qu’il le pouvait, il avait peur de l’opinion publique, mais j’étais chargé de patrouiller autour de la maison, c’était le karma. Je l’ai vu maintes et maintes fois. Cet enfer, d’innombrables fois……

 

Monsieur, vous ne me croyez pas ? Vous ne me croyez vraiment pas du tout, n’est-ce pas ?

 

Hehehe…… J’ai oublié, ce ne sont que les absurdités d’un ivrogne…… Et sinon, ce ne sont que les balivernes imaginaire d’un enfoiré malade…… fufufu.

 

Mais je n’y peux rien…… Je dois être devenu fou…… Depuis que j’ai vu ça……

 

Quant à lui, peut-être qu’il était fou, lui aussi…… Oui, surement, il devait être fou…… Ce démon et …… cette fille qui le colle tous les jours……

 

 

Si vous appréciez la traduction, ou que vous voulez lire quelques chapitres en avance, n’hésitez pas à aller faire un tour sur mon Patreon !

 

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